La Traversée des Pyrénées par le  tronçon 9
 
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Hendaye - Saint Jean Pied de Port du 22 au 26 juillet 2014

Pour qui veut commencer le GR10 à Hendaye, il est préférable de trouver un gîte ou un hôtel proche de la gare "Les deux Jumeaux" et non Hendaye-ville. Cela peut vite ajouter une heure de marche que d'être obligé, le matin, d'aller au départ du GR pour vraiment commencer à la plage ! J'ai choisi, parce que j'ai eu le temps, de me rendre au départ du GR à pied, la veille, et de revenir au gîte en repérant où je pourrais raccrocher le GR le lendemain matin. En fait, il passait à quelques rues du gîte !
Je rappelle qu'un excellent site, très complet donne toutes les indications possibles : http://www.gr10.fr/archives/2011/09/02/27284069.html

Hendaye - Olhette
Olhette - Ainhoa
Ainhoa - Bidarray
Bidarray -Saint Etienne de Baïgorry
Saint Etienne de Baïgorry - Saint Jean Pied de Port


Hendaye
Je commençais l'an passé le récit du tronçon Py - Banyuls en écrivant que ce n'était pas le plus agréable de la grande traversée, et je suis obligé de me répéter cette année ! Je m'y attendais, la montagne, la vraie montagne est loin et le goudron très présent ! Le manque d'altitude entraîne évidemment une température élevée mais qu'à cela ne tienne, cela reste bien sympathique malgré tout !




Hendaye - Olhette - 780 m. de dénivellé positif - le téléphone passe toujours (aux étapes) jusqu'à St Jean Pied de Port-
Le gîte du Littoral -gare de Hendaye ville - n'est pas le mieux placé pour démarrer le GR. J'ai donc voulu faire un petit bout de GR le soir de mon arrivée, celui qui va de la plage à la Mairie située tout près du gîte. De plus, il est relativement cher (20.55€ la nuit), sans possibilité de cuisiner. En revanche il est très propre et les gens sont sympas. Pour le petit déjeuner, c'est plus compliqué car il faut chercher un bar ouvert très tôt le matin ! Heureusement le bar de la poste (une des postes) est tout près. Pour qui souhaite y aller car les gîtes ne sont pas très nombreux, il présente quand même l'avantage d'être à moins de 10' de la gare (en sortant de la gare, aller vers la gauche, passer le pont au-dessus de la voie ferrée et prendre la première rue à droite, monter la rue de la Fontaine !).

Personne dans l'eau ! La baignade était interdite cette semaine là.



Lorsqu'on arrive à Hendaye, ce qui frappe, c'est le trilinguisme de la ville, avec une tendance marquée pour l'espagnol et c'est aussi la place réservée aux vélos ! Il y a des pistes cyclables partout ! J'ai donc commencé le GR10 depuis la plage et "Le" casino. Manque de bol, la dame qui s'occupe du gîte m'a dit qu'il y avait l'ancien et le nouveau casino ! Je n'avais pas choisi le bon casino donc je suis parti à cent mètres environ du départ officiel. C'est pour ça que je n'ai pas trouvé les marques rouges et blanches tout de suite mais au bout de... 5' ! J'en avais vu sur mon trajet depuis le gîte donc je ne m'inquiétais pas vraiment ! Elles m'ont conduit jusqu'à l'arrêt de bus Belcenia, tout proche du gîte. Le lendemain matin, j'ai donc rejoint le GR à cet endroit et j'ai commencé à monter, descendre, monter monter et pas mal transpirer ! C'est amusant de voir comme les deux extrémités du GR, vers Banyuls et vers Hendaye ont des points communs !Il y a la ville bien sûr mais aussi la chaleur du manque d'altitude même si quitter Hendaye à 8 h. est nettement plus frais que l'arrivée sur Banyuls à 13 h. ! Il fait pourtant chaud d'autant que certaines montées sont courtes mais.. solides ! Dans les points communs, ne pas oublier non plus les "commerces" très prisés : Le Perthus à l'Est, les ventas du col d'Ibardin à l'Ouest ! Aussi désagréables endroits l'un que l'autre surtout quand vous sortez de votre rêverie solitaire et montagnarde ! Je persiste à croire qu'il y avait sûrement un autre itinéraire possible que de faire traverser ces temples de la consommation ! C'est d'ailleurs une remarque générale qui vaut pour une bonne partie de ce tronçon : le goudron est très présent (comme lors de l'étape de Banyuls !) et même en comptant avec les propriétaires qui refusent de donner leur autorisation de passage, (on peut les comprendre je sais !) il doit y avoir moyen de limiter un peu plus les dégats !

A gauche au sud Irun, à droite Hendaye. Les deux villes se touchent.



Du côté paysage, à part cette laide parenthèse d'Ibardin, c'est plutôt charmant ! D'immenses collines verdoyantes couvertes de fougères, d'herbe, peuplées de chevaux, de vaches, de chèvres, de vautours et autres touristes, ondulent un peu partout. Il y a quelque chose de la Guadeloupe et de ses "mornes", semblables aux mamelons basques tout verts, posés dans un peu tous les sens, avec cette chaleur humide un peu éprouvante ! Malgré la saison, il n'y a pas beaucoup de monde sur le GR. Il faut dire que ce mois de juillet 2014 est carrément pourri. 15 jours plus tôt, dans les Alpes avec ma chérie, nous avons pris la neige à 2300 m. ! Bien sûr, non loin des parkings, on rencontre plus de monde ! Mais je ne vois pas le couple rencontré la veille dans le train et qui devait faire le GR. Je ne les rencontrerai pas de tout le séjour ! Je ne vois pas non plus les trois personnes qui ont dormi au gîte avec moi. Peut-être ai-je mal compris et sont ils partis sur le sentier de Saint Jacques ?!

Les fameux pottöks, petits chevaux, vestiges vivants de la préhistoire parait-il !




admirable entrée de domaine... prière de passer par le portillon !
 


Je me rends rapidement compte que le topo guide que j'utilise (je n'ai pas remplacé celui que j'avais acheté en 2004, et utilisé pour le tronçon 1 St Jean Pied de Port - Arrens) est obsolete. Le trajet, les indication ne correspondent pas toujours ! Au pied du Roc des Perdrix par exemple, je cherche un peu mon chemin car les marques ne sont pas tout de suite visibles. Je cherche à droite comme sur la carte, mais c'est maintenant à gauche qu'il faut passer ! Je cherchais une marque sur un arbre, elle était par terre ! (un peu effacée il faut le dire) Un homme passe avec deux jeunes et tente de me renseigner : "Vous cherchez votre chemin ?... Olhette ? Vous passez par Ibardin ? Nous y allons, c'est par ici!")



La montée vers le col d'Osin est régulière et tranquille. Des vautours sont perchés à moins de 50 m. et ne bronchent pas lorsque je m'arrête pour les photographier. Un peu plus bas les chèvres et les chevaux impassibles broutent dans la luxuriance.




vautours fauves - gyps fulvus - très fréquents dans tout le pays basque notamment.




 Plus loin, c'est le lac de Xoldokana - Xoldogaina sur certains sites, ou lac d'Ibardin ou encore lac des Poiriers dans le topo-guide ! C'est le premier lac des Pyrénées en partant de l'Ouest ! C'est calme, on voit encore la mer ; quelques randonneurs me croisent. Une jeune femme me demande si le sentier fait bien le tour... je ne sais pas du tout, je n'en ai aucune idée. Ell est avec son mari et leur petit garçon que je félicite d'avoir marché jusqu'ici. Je ne sais pas encore que le parking est à 500m. mais peu importe, c'est déjà ça ! Deux VTTistes descendent le sentier. Ils sont sympas, ne déboulent pas à côté des randonneurs à fond comme ça m'est déjà arrivé de le voir ! Je verrai un peu plus loin sur le panneau qu'ils font "la descente des fous" !




les ventas d'Ibardin

crucifiée, mortifiée par son erreur ?!

 Plus tard, alors que j'ai déjà traversé les ventas d'Ibardin, je rencontre une dame appuyée à une barrière. Elle me demande si c'est le bon sentier pour la Rhune. Je ne sais pas ! Désolé ! Elle me dit que son amie et elle ont été assez étonnées d'entendre une route pas loin. Normalement il ne devrait pas y en avoir. En réalité, elles se sont bien trompées de chemin au départ de Olhette. Elles n'ont absolument pas pris la bonne direction. Les panneaux sont pourtant assez bien placés ! Peut-être aussi existe-il une variante qui permet de rejoindre le sommet de la Rhune par cet endroit ?







vers le col du Grand Escarga
Les meules typiques du pays basque

La journée est plutôt belle, les rondeurs des paysages sympathiques. J'arrive rapidement au col du Grand Escarga et commence la descente vers Olhette où j'arrive vers 14h. IL n'y a personne au gîte. Je m'installe à la table dehors, à l'ombre. Bientôt arrive un couple que j'ai doublé au col. Monsieur est visiblement épuisé. Il gonfle vite un petit matelas, l'installe dans l'herbe et s'y affale sans même enlever ses chaussures ! Madame semble nettement moins fatiguée. Elle s'installe aussi à la table et potasse son topo-guide en prenant des notes. Ils me diront le soir que, eux aussi finissent comme moi leur chainon manquant. Le leur est plus long que le mien puisqu'ils comptent aller jusqu'à Arrens d'où ils étaient partis il y a quelques années. 

Le propriétaire débonnaire du gîte arrive vers 15 h et nous propose d'entrer, de nous doucher si l'on veut. Il s'excuse parce que les lits ne sont pas encore faits. "Un groupe est parti assez tard ce matin ! Et nous nous levons à 5h. pour les bêtes alors nous faisons la sieste ! " Mais il n'y a pas à s'excuser ! Un panneau indiquait l'ouverture du gîte à 16 h. C'est déjà une bonne nouvelle que de pouvoir s'installer avant ! L'homme allongé ne s'est même pas réveillé !

La douche est bonne, (sans jetons) et le gîte sympa. Un inconvénient : il n'y a pas de demi-pension (juste la possibilité de prendre le petit déjeuner ) et il faut faire environ 500 m. pour aller au restaurant (plus pour une épicerie). Une solution peut consister à acheter ce qu'il faut à Ibardin et se faire à manger au gîte !
L'endroit est assez joli. On voit qu'il n'y a pas de difficulté à faire pousser le gazon dans le coin ! De même, il semble aussi assez facile de faire pousser les grandes pierres qui servent de cloture !

Le soir venu, je me suis donc dirigé vers le restaurant sous un ciel assez menaçant et je dois dire que la scène à laquelle j'ai assisté m'a bien fait rigoler. Un jeune, 18 ans peut-être, est entré dans le restau et a parlé avec la jeune serveuse qui lui a passé son téléphone. Le jeune homme a appelé alors sa mère et lui a expliqué où il se trouvait avec l'aide de la serveuse. En rando avec (au moins) sa mère, il avait dû débouler comme un fou et bien sûr, s'était trompé de sentier ! Au lieu d'arriver au parking d'Ascain en redescendant du sommet de la Rhune, il avait pris le sentier d'Olhette. En soi, c'est ballot mais ce n'est pas très grave surtout quand on dit à sa mère :"Bon ben je vous attends dans ce restaurant, ce n'est pas loin !" Là où c'est devenu très très comique c'est lorsque le jeune a entendu ce que sa mère lui disait (Il n'avait bien sûr pas mis le haut-parleur mais j'aurais bien aimé entendre le ton de la maman !) et qu'il a eu l'air un tout petit peu "gêné" en disant "Ah oui ! Mince ! C'est moi qui ai les clefs !" Trop drôle. Il a été bon pour faire les 5 km à pied vers 19h30 ! J'aime bien les grands ados !


Olhette - Ainhoa 600 m. de >0 - 7 heures arrêts compris. Le gîte est à 15.60 + 6€ de petit déj. ce qui n'est pas cher !
La patronne m'avait dit : "Petit déjeuner à 7.00 !". J'étais donc prêt à 7.00. Mais un quart d'heure plus tard, toujours rien. Je sors et je la vois sur son balcon,. Elle me fait signe de venir chez elle, "à la ferme". "Vous n'aviez pas compris que c'était ici !" Et non chère madame, je n'avais pas compris parce que vous ne me l'aviez pas dit ! Mais peu importe. Je m'installe et déguste pour 6€ un petit déjeuner qui , sans être rafiné, est plus consistant que celui de la veille mais ce n'est pas difficile. Nectar de jus d'orange, café très léger. Par contre, la confiture de courgette aromatisée au citron est délicieuse. Celle de pomme-kiwi pourrait sans doute l'être mais un vieux goût de moisi ne me pousse pas à insister. Le yaourt est périmé depuis 8 jours mais je l'avale comme à la maison avant de m'élancer vers le col des trois Fontaines qui semble nager dans le brouillard.

Le sentier est un peu fréquenté, normal, c'est une des voies d'accès au sommet régional : La Rhune, (900 m.) Un peu moins de 500 m. de grimpette dans une moiteur à faire ruisseler un randonneur,  et c'est le col des Trois Fontaines que l'on atteint malgré tout assez vite. J'y rencontre un couple qui s'arrête au col. Ils discutent une minute et monsieur prend la décision de monter au sommet tandis que madame reste au col garder les sacs. Peu après, le sentier croise la voie du petit chemin de fer de la Rhune. Je vois deux trains passer successivement. Ils sont pleins à craquer tous les deux. Pourquoi pas ? Cela permet à des gens d'arriver au sommet et qui ne le pourraient pas sans ça. Je retrouve le couple du gîte parti un peu avant moi.






De temps en temps les nuages fondent et découvrent les émetteurs du sommet. Je reprends la route et commence la descente sur Sare. C'est toujours assez sympa mais je ne sais pas encore que ça ne va pas continuer ! Sare est un assez joli village où je cherche un peu ma trace (tourner à droite en arrivant sur la place !).







A la sortie du village, après un bel escalier en pierre, je longe une sorte de sentier empierré (voir à droite) en surplomb, lequel devient un sentier à part entière après le virage à droite. C'est original. Ce qui est original aussi mais pas dans le même sens, c'est que pas loin de Sare, on mange déjà du goudron, dans Sare, on continue et après Sare c'est le même menu pendant (trop) longtemps.


Une colossale absence d'ombre le long de la frontière !

Ce n'est pas loin d'être le pire tronçon de toute la traversée ! Je pense même que C'EST le pire ! Bien sûr ce n'est pas le périph. mais très franchement, marcher sur la route n'est pas agréable surtout quand il s'agit de la route qui mène à la venta Berouet, très prisée dirait-on, notamment par les camions qui livrent l'essence et qui roulent très vite ! Pour ne rien arranger, ma chaussure droite me fait très mal ! La languette appuie très douloureusement sur la maléole. J'ai beau essayer différents laçages, rien n'y fait ! Ajoutez à cela des détours pas possibles en raison de l'absence d'autorisation pour traverser les champs, une colossale absence d'ombre et ça fait un bout d'étape dont on a pas trop envie de se souvenir même si, malgré tout, les oiseaux pullulent, tariers, milans royaux, bruants jaunes etc. Je ne croise quasiment personne à part trois jeunes visiblement éprouvés par la chaleur et un agriculteur sur son tracteur à peu près aussi souriant que les trois jeunes !  Heureusement, l'arrivée sur Ainhoa est beaucoup plus sympathique ! Déjà après la borne frontière 65 ça commence à se rafraîchir, puis le sentier le long du ruisseau jusqu'à la D4 est agréable ainsi que la remontée vers Ainhoa. Je croise même deux hérissons qui vaquent insouciants à leurs nourrisage !

Dommage qu'il soit interdit de stationner, j'aurais bien mis mon 30 tonnes !








Une fois au village, attention pas de superette. Le camping, gîte Harazpy ne fait pas la demi-pension non plus et si vous voulez éviter le restaurant au village, il vous faut acheter de quoi manger à "l'épicerie du camping" ce qui n'est pas forcément donné mais au moins ça dépanne et on peut trouver de quoi se faire un petit repas et boire une bière basque par exemple pour une douzaine d'euros !


Ainhoa

La maison de gauche est une des plus anciennes du village.
Au-dessus du portail, on peut y lire l'inscription ci-dessous. Il est fréquent, sur les maisons basques d'avoir ce genre d'inscription qui indique à qui la maison appartenait




A mon arrivée, deux jeunes parisiens sont là. Ils arrivent de Bidarray par les crètes d'Iparla. Un peu plus tard arrive Mark, un hollandais qui fait le sentier de St Jacques et qui va passer par le chemin côtier en raison principalement des pollens car il est allergique. Il pense qu'il y en aura moins sur la côte... (?). Une autre raison, et ce sera un couple de Lyon qui me le dira, c'est que, si eux aussi ont fait ce choix de préférence au "Camino francès" qui passe à Roncevaux et beaucoup plus au sud en Espagne, c'est parce que le sentier côtier est beaucoup moins fréquenté. Ce couple de Lyon est parti... de Lyon au début juin et compte arriver à Santiago de C. début septembre. Ils en sont à mi-parcours et semblent se porter très bien ! Mark me raconte tout de suite sa journée :" Je suis passé par les éboulis qui arrivent au col de Méhatché. C'est très dangereux, j'ai eu peur, il a fallu que je m'aggrippe à des troncs d'arbres, le sentier est très étroit. C'est très dangereux, d'ailleurs il y a plein de vautours c'est signe que les bêtes doivent souvent tomber et se tuer ! Il faut prendre le sentier des contrebandiers, c'est beaucoup plus prudent !" Les deux parisiens me diront plus tard que ça passe et qu'il suffit de faire attention ! Les deux lyonnais sont passés par la pistre des Contrebandiers car tout le monde leur a déconseillé de prendre le GR10 !
Ce Mark est un moulin à paroles. Le soir, alors que j'ai envie de me coucher tôt et qu eje ne me sens pas très bien côté instestins (effet du yaourt du matin ? de la chaleur ? des deux ? autre chose ?) il parlera encore beaucoup et très longtemps avec les parisiens dont un apprécie beaucoup beaucoup la bière et le vin basque. Mark nous raconte une anecdote de refuge, comme quoi, peu de temps avant, il a été empêché de dormir par des randonneurs qui s'étaient couchés tard, qui avaient parlé et ri fort en buvant beaucoup, qui ronflaient, pétaient et quand il a enfin réussi a sombrer, le premier randonneur s'est réveillé le réveillant du même coup. Anecdote... que je pourrais tout à fait raconter à son propos puisque, avec les parisiens, ils ont parlé très tard, et que, à peine endormi, il s'est mis à ronfler comme un marteau-piqueur !!! Heureusement ça n'a pas duré toute la nuit ! Le lendemain, le jeune couple de lyonnais m'avouera qu'ils avaient bien ri en entendant Mark raconter son histoire parce qu'ils SAVAIENT ! "On se retrouve de temps en temps sur le GR et il est connu pour ça !"



Ainhoa - Bidarray 700 m de >0 - 6.30 arrêts compris.  Hôtel Barbeaenea -
La patronne de l'hôtel à Bidarray est plutôt sympathique, le repas du soir est excellent ainsi que le petit déjeuner, (orange pressée s'il vous plaît !) mais bien sûr, ça a un prix ! Ce n'est pas un gîte !
Le matin, Mark est le dernier debout mais je lui fais remarquer en rigolant qu'il est un "bloody snorer" ("un sacré ronfleur"). Il s'étonne et me répond : "Sorry, I can't help !" (Désolé je n'y peux rien !)Allez va sans rancune et bon voyage ! Je n'ai pas encore pris ma décision quant au trajet que je vais choisir : les éboulis ou le sentier des contrebandiers ? Pour l'instant, je quitte le camping et traverse le bourg qui se réveille doucement. Une petite route avec un chemin de croix monte assez raide vers les Trois Croix que l'on voyait du camping. Une fois là-haut, je retrouve  le couple dont le monsieur est monté à la Rhune.

au pied de la croix, les stéphanois, à gauche, le canadien




Ainhoa au matin, les touristes dorment et la patronne du bar balaie son trottoir...


Reproduction des plus belles stèles, au pied des Trois Croix.
Ce sont des stéphanois. J'aurais pu le deviner grâce à leur accent ! En discutant le lendemain soir avec eux, j'apprendrai qu'ils ont un sacré palmarès de randonneurs à eux deux ! Cette année, ils s'arrêteront à Arrens. Un peu plus tard je rejoins un canadien de Vancouver. Nous parlons quelques minutes.  Il n'est pas au courant pour les éboulis et la variante. Il décide qu'il va sans doute être prudent ! En peu de temps j'apprends qu'il habite donc à Vancouver, que c'est une ville agréable, où il ne fait pas très froid, qu'il y a la mer toute proche et la montagne à 40 '! Il voyage cette année sans sa femme car le père de celle-ci est gravement malade, un cancer. Les docteurs n'ont pas pu dire s'il allait encore vivre longtemps ou pas. Sa femme va le rejoindre deux semaines plus tard, malgré tout, à Amsterdam... Je repense à Jean-Pierre, un ami, décédé la veille, d'un cancer à 63 ans ! Tarier pâtre mâle




Sur "la route des radars d'Artzamendi" vers le col de Méhatché


La piste du "sentier des contrebandiers"

Bientôt le canadien m'avoue que je marche un peu trop vite pour lui et qu'il préfère ralentir un peu !
C'est peut-être aussi de sa part une manière très polie de retourner à la solitude du marcheur. Après tout, nous avons tous les deux décidé de cheminer en solo non ?!  Et puis c'est vrai que le sentier est facile, ne demande aucune attention particulière. Le calme, le vert partout incite à la rêverie ! Il est vrai aussi que les intestins se font oublier de même que la douleur au pied ! Ne laçant plus les 3 derniers crochets de ma chaussure, la cheville n'est peut-être plus tenue mais au moins je n'ai pas mal ! L'allure s'est sûrement accélérée depuis hier ! Nous nous retrouverons tous les 4 avec les Stéphanois, un peu avant le col des Veaux, à une bifurcation où une marque du GR nous laisse un peu dans l'expectative. Elle semble nous proposer de passer par l'un ou l'autre chemin, à notre guise ! Finalement nous prenons à gauche et entamons la montée au col de Méhatché. Au col, un petit écriteau invite les randonneurs à emprunter le "sentier des contrebandiers" sentier sécurisé. Allez, ce sera donc le sentier des contrebandiers ! Le canadien me double alors que je fais mon "break". Il a failli se tromper de sentier mais il a vu mes cheveux plus haut sur un autre sentier ce qui l'a fait bifurquer ! Les stéphanois passeront un peu plus tard, ainsi qu'un VTiste qui, lui, remonte vers le col.

C'est amusant comme les gens aiment parler cette année. J'apprends très vite qu'il est de Perpignan, qu'il n'aime pas
la mer alors il laisse sa femme et sa fille barboter dans l'eau pendant qu'il écume les sentiers de VTT. Il a essayé de passer par l'éboulis mais visiblement, "à vélo, ça ne passe pas !" Tu m'étonnes ! Déjà qu'à pinces il paraît que c'est compliqué  alors à vélo !

J'atteins bientôt les premières maisons de Bidarray.
Je savais bien qu'il y avait des rapports étroits entre l'ETA et le FLB !
 
Au passage près d'une ferme, trois chiens manifestent bruyamment et un peu agressivement leur profond mécontentement de me voir sur LEUR territoire. Je me retourne (car les vicieux m'attaquent par derrière !) joue un peu des bâtons en leur intiment fermement d'aller se coucher  ("Putain de chiens barrez-vous !") et je rejoins bientôt le Pont de l'Enfer et les marques du GR.

La rivière  - la Nive - est bourrée de troncs d'arbres échoués, témoins des terribles inondations du 4 juillet dernier. Une petite grimpette et c'est Bidarray.



L'église de Bidarray
Je rentre dans la Mairie pour demander où se trouve mon hôtel et je vais m'y installer en me disant que enfin ce soir, ce sera pieds sous la table et que cette nuit, il n'y aura pas de ronfleur pour m'empêcher de dormir. Il faut bien que le prix payé ait des compensations ! J'ai quelques craintes en entendant la cloche de l'église, pile face à ma fenêtre, égrener les heures mais tout se passera bien, la dite cloche étant muette de 22 ou 23h à 7 h. ! Je profite des quelques rayons de soleil pour faire ma petite lessive quotidienne, finis avidement le Harlan Coben que j'avais emporté ! Mince, plus rien à lire ! C'est ça les trop bons bouquins ! On les finit trop vite !


Et l'heure du repas arrive, délicieux repas qui m'a valu de manger face à un couple caricatural. Lui, tatillon et sans doute maniaque, elle plus délurée, ne réagissant pas - plus ?- à ses remarques souvent désobligeantes. La dame déclare par exemple qu'avec ce qui est proposé au menu, elle se verrait bien boire du vin rouge. Le type ne dit rien et lordsqu'arrive la serveuse, il commande ... du rosé ! Un peu plus tard, la dame lui offre pour qu'il le goûte, un morceau de ce qu'elle a dans son assiette. Un peu de sauce tombe sur un morceau de pain de la corbeille. Le bonhomme secoue la tête en maugréant, "c'est pas possible ! Mais c'est pas possible !" Bref, géniale ambiance !







Bidarray -Saint Etienne de Baïgorry théoriquement 1180m. de >0, 8h. Le gîte Gaineko Karrikan est sympa, pas cher (28€ la 1/2 pension !)-, les repas délicieux et copieux ! 


Il pleuvait sur Bidarray ce jour là !

C'était normalement la plus belle rando du tronçon, peut-être la plus longue aussi, avec ses 1180 m. de dénivellé positif,
1100 de négatif... mais c'était compter sans la météo, les météorologues et les gens du coin ! La veille au soir, la patronne de l'hôtel m'avait annoncé une météo pourrie, avec alerte orange orage, pluie et grèle notamment sur les reliefs. Bon ! Dans la nuit, un orage s'est effectivement fait entendre ! Re-bon ! Lorsque je me suis levé, il pleuvait et c'était carrément couvert ! (voir la photo de gauche !) Au petit déjeuner, j'ai demandé s'il y avait du nouveau. La réponse de la patronne n'a pas été très encourageante : non, aucune amélioration, on est encore en vigilance orange jusqu'à 15 h. Et vous savez, ce n'est pas prudent de faire les crètes par mauvais temps, il y a eu beaucoup d'accidents ! Ma chérie ne m'avait pas donné les mêmes prévisions ("juste des petites pluies") mais j'ai décidé de faire confiance à la météo locale... Je suis allé faire deux ou trois photos à l'intérieur de l'église et j'ai vu entrer un randonneur, cape de pluie sur le dos, qui m'a demandé si j'allais marcher aujourd'hui ! Devant mon air hésitant, il a tout de suite continué : "Voilà, j'ai rencontré une dame qui m'a demandé si je voulais qu'elle me conduise  Baïgorry ! Elle doit y aller pour un rendez-vous ! Elle m'a offert un café et vous a vu entrer dans l'église. Elle m'a demandé d'aller voir si vous vouliez faire partie du voyage !" Sachant qu'il n'y a pas de transport en commun entre Bidarray et Baïgorry, j'ai accepté. Le départ était immédiat !

C'est comme cela que j'ai raté la plus belle étape de ce tronçon. Je dis bien raté, car il a fait plutôt beau toute la journée. Le soir à table, les stéphanois qui avaient réservé au même gîte que moi, me dirent qu'ils avaient eux aussi décidé de ne pas passer par les crètes mais qu'ils avaient pris des piste en passant par le sentier des contrebandiers qui serpente dans la vallée. "Nous avons demandé la météo à l'office du Tourisme cette après-midi. Ils nous ont répondu qu'ils ne la donnaient plus car, depuis les inondations du 4 juillet qui avaient surpris tout le monde y compris les services météo, le coin est en vigilance orange systématiquement dès qu'il se pointe un nuage à l'horizon !" Grrrr !
Bidarray, le vieux pont, l'église


Après le petit voyage avec cette dame très gentille qui nous a parlé des dégâts des eaux, "Cela a été terrible ! C'est monté d'un seul coup et c'est redescendu presque aussi vite !" j'
ai discuté un moment autour d'un café avec le randonneur qui était venu me chercher. Le monde étant ce qu'il est, il s'est avéré que le gars - et sa compagne, intermittente du spectacle - vivaient à Nantes, ma ville d'origine, qu'il enseignait la biologie dans un lycée agricole après avoir obtenu un diplôme d'ingénieur. Exactement le même parcours que deux ou trois profs du lycée de mon fils qui venait d'avoir son bac dans un lycée agricole ! Le gars avait découvert la randonnée très récemment et avait décidé d'essayer. Il n'avait pas d'objectif particulier en dehors de durer le plus longtemps possible ("une dizaine de jours si ça me plaît !") ou d'arrêter s'il en avait marre !
Ah les jambons de Bayonne... de Baïgorry !

drôle de fenêtre sur l'horizon !

Il était très tôt lorsque je me suis pointé au gîte (10.30 !) mais la logeuse (une instit !) a accepté que je pose mon sac et m'a juste demandé de repasser vers midi, le temps pour elle de finir le ménage. A midi, elle m'a installé dans une chambre individuelle, me faisant part de ses craintes pour la nuit car un groupe d'une vingtaine de personnes avait réservé pour deux jours et "ils doivent aller aux fêtes de Bayonne !" La suite prouva qu'elle avait raison de se méfier !  J'ai alors commencé ma visite de Baïgorry, cherchant sans trop y croire une librairie que je n'ai pas trouvée. Je me suis rabattu sur la presse et sur une revue de mots croisés !

Il fait BEAU !!!
Le soir, pendant le repas, le groupe est arrivé, s'est installé ans les dortoirs et autres chambres puis est redescendu prendre l'apéro. Je mangeais avec les stéphanois, un basque taillé comme une armoire à glace qui avait commencé le GR10 à partir d'Irun près de laquelle il habitait et un homme de 60-65 ans, très sympa, épais comme un fil de fer et qui, lui, terminait l'integralité du GR10 ! Il n'en était pas à sa première randonnée et semblait faire des étapes impressionnantes. Il arrive d'Esterançuby, sera à Sare demain soir et à Hendaye après-demain. 3 étapes lorsque j'en ai fait 4. Il annonce environ 45 étapes en tout. J'en aurai fait 53 ! Il y en a comme ça !  En attendant, nous allons tous les cinq nous coucher et, vers 2h. du matin, je suis évidemment réveillé par le groupe qui revient de Bayonne. Qu'ils me réveillent, c'est logique, une araignée tissant sa toile pourrait le faire aussi ! En revanche, il faudra une heure et demie à certain(e)s d'entre eux pour arrêter de hurler de rire. Il y a comme ça des moments où mon amour de l'humanité se noie irrémédiablement !  cincle plongeur dans la rivière.



Saint Etienne de Baïgorry - Saint Jean Pied de Port - 850 m. de >0 - 5.30 arrêt compris. Echaudé par l'accueil qui m'avait été réservé en 2005 lors de mon arrivée à St Jean Pied de Port, (voir ici) j'ai souhaité en partir vite. J'ai donc, parès un restau bien mérité, repris le bus jusqu'à Combo les Bains et le train jusqu'à Hendaye. Cela m'a permis de  reprendre un train le lendemain matin à 6.45.

Réveil 6h. du matin pour le basque... et du coup pour le reste des marcheurs ! Le petit déjeuner réconcilierait l'allemande d'il y a quelques années avec les frantzösiches frühstück !
(voir
ici) C'est super copieux et très complet ! Le basque, qui rigole tout le temps, fait mine de tirer à la mitraillette quand on parle des fêtards sans gêne ! "Fil de fer" n'en revient pas de tant de mépris de la part de ces gens ! Le stéphanois, lui, n'a rien entendu ! J'avoue que je ne fais pas beaucoup d'efforts pour être discret. La patronne, que l'on a mis au courant des aventures nocturnes de ses pensionnaires, nous dit qu'elle passera sans doute l'aspirateur dans moins d'une heure ! Au passage elle nous dit aussi que la météo annonce encore une vigilance orange pour la journée ! Le beau temps qu'il fera dans la journée  confirmera ce que l'Office du Tourisme a dit aux stéphanois !

Le chateau de Baïgorry

Il est un peu moins de 7h30 lorsque j'entame ma dernière journée de marche. En y pensant, ça fait drôle ! Pensez-donc ! Une traversée des Pyrénées entamée en 2005, et reprise tous les ans en 2007 ! Cinquante-troisième et dernière étape, neuvième année ! Pour l'heure, les troupeaux paissent paisiblement. J'espère apercevoir un quelconque ongulé matinal mais aucun ne daigne montrer le bout de son museau. Je ne croise qu'un troupeau puis un tracteur dans un chemin invraisemblable. Son
conducteur est poli et répond gravement impassible à mon salut. Les "alpages" sont bien verts, le sentier grimpe tranquille et se redresse parfois ! Je rejoins les stéphanois qui font une petite pause. Le temps n'est pas très clair mais il ne pleut pas du tout. Ce n'est qu'en approchant du col de Leizarze (828 m.) qu'un petit vent frais m'oblige à mettre une veste. Les vautours planent non loin et je m'arrête grignoter quelques fruits secs au col d'Urdanzia avant d'entamer la dernière montée vers le sommet du Monhoa (1021 m.). Les stéphanois me doublent et je les retrouverai, pausant, au sommet. Je les y laisse et entreprend la descente, assez raide au départ, accompagné de quelques vautours et craves à bec rouge. Après quelques dizaines de mètres herbeux et pentus, c'est une piste que l'on jusqu'au goudron.

le sommet du Monhoa




Un peu avant Lasse, je croise une jeune fille en sandalettes, avec un tout petit sac à dos. Elle me demande avec un beau sourire si c'est bien le chemin pour Saint Etienne de Baïgorry. Je lui réponds que c'est bien
ça mais que c'est loin. "Oui, il reste à peu près 5h. !" réplique-t-elle sereinement ! Elle est assez optimiste car je pense qu'il lui faudra au moins 5.30 pour rejoindre Baïgorry, mais je dois dire que ça fait bizarre de la voir partie pour 5 ou 6 h. de marche sur des sentiers parfois bien caillouteux en petites sandales ! Parfois j
e me demande si effectivement les grosses chaussures de montagne ne sont pas un peu disproportionnées mais imaginons la pluie, les rochers glissants, les cailloux qui roulent, sautent et vous blessent, les sentiers boueux, (et il y en a un certain nombre dans le coin !) ... Non ! Il n'y a pas à dire ! Je garde mes grosses chaussures même si parfois elle me font mal ! Il faudra d'ailleurs que je trouve une solution ! Mettons ça sur le compte de leur jeunesse ! Elles n'ont été portées que 4 ou 5 fois depuis que j'ai dû jeter les autres complètement décousues !



drôle de tache brûlée sous un arbre




Un vautour fauve
Mes réflexions accompagnent la descente et déjà je me demande ce qui va succéder au GR10 l'année prochaine !? Le Jura me tente, un grand tour dans le massif du Sancy aussi ! On verra bien. Ce dont je suis sûr c'est que ce ne sera pas en plaine ! Plus je m'approche de Saint Jean Pied de Port, plus il fait chaud ! A Lasse, près du fronton "Batasuna" une petite réception rassemble quelques personnes au café du village. L'ambiance est paible. Je continue ma descente et un fada dans une voiture de course me rase les mollets en faisant vrombir son moteur, puis il revient à la charge, tournat dans une rue qu'il éclabousse de décibels en furie !


Dans la descente, une indication pour une piste VTT...
Sportifs les VTTistes dans le coin et amateurs d'émotions fortes ?


Cette fois, ça y est, Saint Jean Pied de Port est bien là, avec ses touristes en nombre, prenant tous la photo que j'ai sans doute prise au même endroit, sur LE pont, il y a 9 ans ! Un petit restau un peu moins peuplé que les autres me semble accueillant. La salle est déserte et plus fraîche que la terrasse. La serveuse est espagnol, le cuistôt aussi. C'est très bon et pas cher. Je file me changer dans les toilettes, j'enfile les sandales et pars tranquillement à la gare d'où mon bus ne partira qu'à 16.25. J'ai le temps de cruciverber, d'apprécier la fin de cette boucle, même si la non-randonnée d'hier me reste un peu en travers des bâtons ! Trahi par la météo ! Damned ! Pendant que j'attends, un ami m'appelle, il ne sait pas trop où je suis et me convie à venir avec lui participer à une manifestation de soutien au peuple palestinien que le gouvernement israélien est en train de massacrer. Désolé, je ne peux pas venir à celle-ci ! ... Pendant 6 jours, bien sûr que le monde a continué de tourner bancal pendant que jeme mettais (un peu) entre parenthèses...

Un peu plus loin, juste au bord de la route, sur un carré de pelouse, une famille a installé la table et pique-nique, au raz des pots d'échappements. Ils ont plein d'herbe à leur disposition cent mètres plus loin, à l'écart de la route, mais non ! Il leur manque sans doute leur dose de CO2 !
 


Epilogue (voir ici)



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texte et photos©vincent3m
 2014