VTT MAROC 1992


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Tbachtint - Tounfit
(Le point de départ est le même que la balade de 1990, Tabachtint évidemment, près d'Imilchil) Il y a très peu de photos pour cause de panne d'appareil !

   

Cette fois, le voyage fut différent de celui de 1990. Tout d'abord, je partais avec ma compagne, Mireille, la future mère de notre enfant, Guilhem. Du Maroc, elle connaissait déjà quelques villes, mais rien de la montagne. Nous avons commencé par Sidi Bou Rahba, le lac de Mehdya-Plage où j'avais passé quatre ans et Kénitra bien sûr, chez Aziz et ses soeurs, dont la ravissante Malika..   

 Ensuite, nous sommes partis, via l'Institut des cartes de Rabat (une des plus belles villes du Maroc à mon avis), d'abord dans le Moyen-Atlas - Ah l'Aguelmane Azigza !- puis vers notre destination, Tabachtint - Haut-Atlas - départ de notre randonnée à vélo. Entre l'Aguelmane Azigza (Le lac Azigza) et la route Azrou - Midelt, nous avons parcouru quelques kilomètres de pistes (80 environ) où nous avons crevé, avons failli exploser le carter d'huile au passage d'un gué particulièrement glissant, n'avons pas pris la bonne piste ... mais dans l'ensemble, tout s'est très bien passé ! 

En arrivant à Rich, nous avons recherché l'ami Assou, qui était encore photographe. Toujours aussi accueillants, lui et sa femme nous offriront le gîte et le couvert à l'aller comme au retour! Ce premier soir, alors que nous lui offrons un thé au café, il nous parle un peu de politique à voix basse et change de conversation dès que quelqu'un s'approche de notre table pour le saluer. Un autre jour, en revenant des sources d'eaux chaudes (brûlantes même !) où il nous a emmenés pour qu'on se "baigne", il me demandera de m'arrêter sur le bas-côté de la route, à une intersection. "Tu vois cette route ? Un peu plus loin, c'est le désert et au milieu du désert, c'est Tazmamart !" Nous sommes seuls mais il chuchote. Il est interdit de parler du bagne secret de Tazmamart où tant de gens sont morts, très peu ont survécu. (voir "Tazmamart Cellule 10" de Ahmed Marzouki - Ed. Paris-Méditerranée 2000, 87 allées de Turenne 75003 Paris - France,   "Mort Vivant" de Midhat René Boureqhat - Ed. Pygmalion/Gérard Watelet , 70 avenue de Breteuil 75007, Paris - France- "Tazmamort" de Ali Binebine - Editions Fennec poche 2015 -  voir aussi "Une étoile a mordu la poussière" de votre serviteur. Ed. ILV 2007)

En 2004, la piste qui part de Rich et arrive jusqu'à Imilchil est entièrement goudronnée, mais en 1992, le goudron cessait à Outerbate. C'était malgré tout beaucoup plus confortable que de passer au nord, par la piste d'Aghbala qui n'est toujours pas goudronnée en 2004 et qui devait nous réserver une petite surprise. Nous sommes donc arrivés à Tabachtint où nous avons retrouvé "Le petit Moha" et sa mère, Bassou chez qui nous avons dormi, et même Brahim d'Agoudal qui était là. 

Le lendemain de notre arrivée, ayant appris que la mère de Mireille était veuve, il se proposa comme nouveau mari ! C'était  pour rire ! Enfin... sans doute ! Moha aussi, nous a demandé si l'on ne connaissait personne avec qui il pourrait se marier en France ! Nous étions encore une fois confrontés au problème récurrent de l'exil volontaire d'une grosse partie de la population. Il n'est pas question de nier la misère des paysans du Haut-Atlas, la difficulté de leur vie, ni l'attrait que représente la vie en France mais... La solidarité entre les gens, leurs façons de vivre, leur richesse culturelle sont des liens qui assurent une certaine qualité de vie que beaucoup sont loin de retrouver en arrivant en France. Quelques uns y arrivent et il faut bien sûr qu'ils aient encore cette possibilité de choisir, mais nombreux sont ceux qui vivent une autre misère en France et sont obligés de faire semblant lorsqu'ils reviennent "chez eux".  Au cours du repas dans la petite pièce enfumée de la maison de Moha, nous avons expliqué ce que nous souhaitions faire : à partir de Tabachtint, (2180 m), rejoindre Tounfite (1940 m) par la piste de Tagoudit (moins de 100 km), puis gagner Aghbala et de là, prendre un camion qui nous ramènerait à Imilchil un jour de souk. Le projet ne souleva pas autant de questions que le précédent et dès le surlendemain, nous enfourchâmes les vélos en direction de Tilmi.

Bien sûr, j'étais allé garer la voiture à Agoudal chez Brahim. En revenant à Tabachtint, sur le trajet, en traversant un village, quelques enfants m'ont balancé des cailloux. Quoi de plus facile que de prendre pour cible un étranger dans une situation inhabituelle (à vélo). Il y a des imbéciles partout et les gamins désoeuvrés font la même chose dans tous les pays du monde. Je pense aux étrangers en France qui sont victime de racisme quotidiennement, de la part d'adultes ! 

Pendant ce temps, Mireille visite Aït Ali W Ikkkou et Tabachtint.

Le soir, nous assisterons à une petite fête, un Haïddous, pour les jeunes qui ont envie de danser. Le lendemain, c'est le vrai départ. Nous avons opté pour des sacoches sur le vélo de Mireille et l'habituel sac à dos pour moi. Mireille n'est pas une sportive accomplie, mais elle se lance avec entrain. Nous traversons Taghighecht puis Tilmi, et vers la fin de l'après-midi, nous décidons de nous arrêter. Nous avons parcouru environ 25 km tranquillement. Un azib (abri) nous tend les bras sur le bord de la piste. Mireille est un peu anxieuse à la perspective de dormir là mais finit par s'endormir tranquillement.

  Le lendemain, à peine avons-nous fait un kilomètre que nous tombons sur un garde qui travaille près de sa maison forestière. Il nous invite immédiatement à prendre le thé. Nous acceptons. "Il ne fallait pas dormir sur la piste, il fallait venir ici !" Sa femme acquiesce. Elle insiste même pour nous garder à dormir, son mari aussi. Nous n'avons pas la même notion du temps. Si nous nous arrêtons dès le deuxième jour, alors, quand va-t-on revenir ? Alors nous repartons en suivant l'Assif Tar dgal (assif = rivière). Nous traversons le village d'Anefgou (2000m), puis en remontant l'Assif Ouyet, nous montons, parfois un peu péniblement, il faut l'avouer, jusqu'à Anemzi (2350 m). Nous croisons de temps en temps quelques personnes, parfois des ânes chargés, parfois des femmes... De loin, il est difficile de reconnaître qui est un âne qui est une femme. Les fardeaux sont les mêmes. les femmes sont dévolues, en 1993, à la corvée de bois. Elles partent le matin, reviennent le soir et doivent faire le repas en arrivant. La corvée a été rude, le bois est lourd ! (Voir l'excellent livre de Michèle Kasriel : "Libres femmes du Haut-Atlas" aux éditions L'Harmattan Paris 1990.) 

            

Nous avons à nouveau parcouru nos 25 km et nous pouvons nous arrêter. Il n'y a pas de "dar dief" (maison des invités) ici mais on nous conduit vers un gîte, où, moyennant une somme dérisoire, nous aurons le gîte, le couvert, et la conversation de notre hôte. 

Depuis plusieurs années maintenant, un programme de valorisation du terroir et des savoir-faire locaux a été entrepris. Des guides de montagne ont été formés à Briançon et ailleurs. Des conseillers en économie "artisanale" se sont déplacés et ont formé les hommes, les femmes qui le voulaient, notamment dans la vallée des Aït Bougmez, plus au sud, mais, ici aussi, certains ont appris à profiter des ressources locales pour en tirer des moyens de subsistance et donc, des moyens de ne pas être forcés à l'exil. Nous ne pouvons que nous en féliciter puisque nous pouvons traverser ces régions encore peuplées et non désertées.  

C'est ensuite la descente vers Agoudim et Tagoudit (1970 m) d'abord dans la vallée de l'Oued Timariyne, puis en longeant l'Assif Tougha n' Ayt Moussa sous les pentes du Jbel Masker. Nous arrivons alors chez un garde-chasse qui nous ouvre grandes les portes de "sa" demeure qui est en fait une petite maison-forestière où le roi Hassan II, (mort en 1999) vient parfois pour chasser le mouflon encore fréquent à cette époque dans le Jbel Masquer. Il se fait déposer en hélicoptère et prend position dans un des affûts que nous aurons le privilège de visiter alors que c'est rigoureusement interdit aux autochtones. De là, profitant du travail des rabatteurs, il peut tout à loisir tuer les bêtes qu'il veut, puis il s'en retourne jouer à autre chose dans un de ses palais. Nous profitons de la rivière pour nettoyer un peu les vélos et les dérailleurs qui souffrent un peu à cause de la boue, et nous repartons le lendemain pour une petite étape en grande partie sur une route goudronnée qui nous conduit rapidement à Tounfite. 

Un peu avant d'arriver en ville, nous tombons sur un jeune qui semble presque nous attendre. Il s'appelle Mohamed Daghouri et est accompagnateur en montagne. Nous parlons un peu sous l'arbre où il se tenait et nous repartons. Nous avons fait nos presque 100 km et tout s'est bien passé. Malgré le peu d'entraînement, Mireille n'a pas trop souffert, ni de ses efforts, ni du manque réel de confort et donc d'hygiène !  Bien entendu, Tounfit est un petit village et, à peine sommes nous arrivés, que le Mohamed est là lui aussi. Il nous présente à un de ses amis, Mohamed Maazouz, qui nous invite à dormir chez lui, enfin... chez ses parents. Nous acceptons.  Après un repas partagé dans un "boui-boui" très sympa où nous recommençons à discuter longuement des richesses de la montagne marocaine, nous partons chez le jeune Maazouz où nous passerons deux nuits. Très vite nous apprenons qu'il souffre d'une insuffisance rénale. Les poches de dialyse sont très chères et il est obligée d'aller les acheter à Rabat (une journée de voyage !). Nous apprendrons malheureusement son décès quelques mois plus tard.

                  

Nous nous renseignons sur l'état de la piste d'Aghbala et nos deux "amis" nous disent qu'elle est momentanément coupée. Nous ne pourrons donc pas rejoindre Imilchil par ce côté-là. Il faut nous résoudre à faire le chemin inverse. Mohamed se charge de nous trouver des places dans un camion en partance pour Tilmi. Nous attendrons deux jours et repartirons avec les vélos dans la benne du camion, avec d'autres voyageurs. Le chauffeur est de temps en temps acclamé car il réussit à ne pas nous précipiter tous dans le ravin ! Nous avons engagé la conversation avec un jeune qui nous invite à dormir chez lui le soir. C'est très sympa de sa part, d'autant que nous ne savons pas à quelle heure nous allons arriver. Surtout qu'une crevaison s'en mêle ! Pendant cet arrêt forcé, nous échangeons quelques mots en arabe avec un homme qui nous fait comprendre, très gentiment, que nous pourrions essayer de parler berbère plutôt qu'arabe ! Eh oui !  C'est absolument exact ! Les mots berbères que nous connaissons se comptent sur les doigts des deux mains et mon arabe est tellement sommaire qu'il ne permet absolument pas de soutenir la moindre conversation ! Malgré tout, nous sommes en pays tamazight, et nous connaissons mieux l'arabe ! La crevaison est réparée, nous repartons et arrivons vers 18 h à Tilmi. En descendant du camion, nous cherchons le jeune chez qui nous devons dormir... Il a disparu. Un peu interloqués, nous nous retrouvons sans gîte et la nuit s'annonce. Il est trop tard pour partir à Tabachtint ! Je m'approche de l'homme qui me reprochait un peu mon manque de vocabulaire berbère pour lui demander s'il sait quelque chose. A notre grande surprise, il nous fait signe de le suivre. Ils se sont arrangés. Nous allons manger et dormir chez lui !

Très gentiment, celui-ci nous installe dans une pièce où nous mangeons du bout des doigts (c'est le cas de le dire), le "smenn" (beurre un peu rance) et le pain. Mireille a un peu de mal et pousse de mon côté du plat ce qui lui revient ! Confortablement installés sur de gros tapis, nous nous endormons rapidement et très tôt le lendemain, le monsieur vient nous réveiller et nous apporte le petit déjeuner : du pain et du .... "smenn" ! Cette fois, c'est trop ! Mireille ne peut pas l'avaler et prétextant je ne sais plus quoi, elle échappe au casse-croûte !

Avant de partir, nous regonflons le vélo de notre hôte et lui offrons la pompe. Tabachtint n'est plus qu'à 12 ou 15 km, on n'aura pas besoin de la pompe de secours !

Vers dix heures, nous sommes chez nos amis. Très vite, je repars vers Agoudal chercher la voiture chez l'ami Brahim "Ahizoun" (malheureusement décédé accidentellement le 28/07/2010). En fin d'après-midi je suis de retour à Tabachtint où nous mangeons tous ensemble un fabuleux couscous ! 

Au cours de la soirée, nous avons même le privilège de discuter avec un cousin de Moha qui est dans l'armée. Il est sympa, parle très bien le français et offre quand même la particularité d'être la seule personne que nous ayons connue, qui reste persuadée que la terre est plate ! La discussion s'est prolongée bien tard, si bien que le lendemain matin, Moha n'arriva pas à se réveiller alors que c'était à son tour de garder le troupeau du village !

Après quelques jours de repos et un petit tour au souk d'Imilchil, une dernière photo et nous sommes repartis, pas trop pressés pourtant de retrouver la fournaise de la plaine !

Photos V.Mérand et M. Viglione 

Il ne faut pas oublier la cartographie :  Institut des Cartes à Rabat

La Grande Traversée de l'Atlas Marocain : Michael Peyron 1984

© Vincent Mérand2004/2010

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Juillet 2007, retour vers le futur : des nouvelles du Maroc !!! 

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