Le chemin de Stevenson (GR70)

15/17 juillet 2015
2/8 août 2017
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Inutile de faire durer le suspense, ce n’est pas le plus beau circuit du monde. L’attrait qu’il y avait en 1878 lorsque Robert-Louis Stevenson est parti, avec son ânesse Modestine, du Puy pour rejoindre St Jean du Gard n’est certainement plus le même maintenant. Les voitures et le goudron ne gâchaient bien sûr pas le paysage, la « sauvagitude » de la région est un vieux souvenir même si la Lozère demeure par endroit un désert vert impressionnant. Est-ce aussi la déception ou seulement les tendons d’Achille trop douloureux qui m’ont fait abandonner la partie à La Bastide ? Peut-être ! Ce qui est sûr c’est qu’en reprenant deux ans plus tard, évidemment de la Bastide, le plaisir de marcher était revenu !

J’ai utilisé la médiocre édition 2011-2014 du Topo-guide « Le chemin de Stevenson » aux éditions Chamina. Les distances sont parfois approximatives ainsi que les temps indiqués ! Il y a eu, parait-il de grosses améliorations mais le dénivelé cumulé par étape est toujours totalement absent. Altitudes de départ et d’arrivée sont de bien piètres indications même lorsqu’un ou deux points intermédiaires (trop peu nombreux d’après moi) sont mentionnés. Je sais qu’on ne se trouve pas en « montagne » mais les profils de parcours indiqués par exemple sur les Topo GR20 ou GR10 sont bien utiles en amont de la rando !

Bref, il y a quand même eu de beaux passages (surtout dans la deuxième partie du parcours, à partir de la Bastide !)

Au départ, voici le programme (chargé) que je m’étais fixé :

1)      (Béziers) -le Puy – Le Monastier : 4.45

2)      Le Monestier – Langogne : 10.10 

3)      Langogne – la bastide : 9.00 

4)      la bastide – les Alpiers : 7.30

5)       les Alpiers  - pont de montvert : 7.15

6)      pont de montvert  - Florac : 8.00

7)      Florac - St-Germain de Calberte : 8.15

8)      St-Germain de Calberte – Mialet Restaurant les Plans :  9.15

  9) Mialet – Alès (Béziers) : 7.45

Première partie : 15-17 juillet 2015

Le Puy en Velay  

Jour 1- Le Puy en Velay – Le Monastier sur Gazeille. 19 kms

Selon les indications glanées ça et là, le dénivelé pour cette portion est compris entre 345 et 615 m ! Le temps indiqué est de 4.45. J’ai mis 4.15 arrêts (réduits) compris.

C’est en car depuis Mende que j’arrive au Puy en Velay vers 12h ce 15 juillet. Il fait plutôt beau, je ne connais pas encore le Puy. Nous y reviendrons quelques mois plus tard pour visiter la vieille ville qui vaut le coup ! Allez hop, c’est parti, direction Le Monastier. C’est une étape que Stevenson n’avait pas faite… et je le comprends même si, comme dit précédemment, ce ne sont sûrement pas des améliorations pour la randonnée qui ont été faites sur ce parcours. Je fais donc connaissance avec ce qui restera pour moi le gros point noir de ce circuit : la marche sur goudron. Toutes les étapes ou presque en comportent une portion plus ou moins longue et surtout plus ou moins dangereuse. Bon OK, il faut bien sortir de la ville mais après une montée pavée, rebelote et ça dure quasiment jusqu’à Coubon. Cela s’arrange à partir de L’Holme où les sapins ombrent un peu le sentier et c’est fort appréciable car la chaleur est bien présente. Lorsque j’arrive au Monestier, le gite de Manu F. est ouvert et c’est très agréable de ne pas être obligé d’attendre comme cela est fréquent sur d’autres sites ! Je m’étends un peu épuisé par la chaleur, le manque d’entraînement, les tendons fragiles, siestou rapide avant de repartir, cahin-caha m’acheter de quoi boire ! Je m’avale même un Coca, moi qui n’en bois quasiment jamais, juste parce que c’était la seule canette au frais dans l’épicerie !


   

C'est plutôt sympathique mais c'est du goudron, élément trop présent sur le circuit -                              Arrivée sur le Monastier sur Gazeille

Le « giteur » passe vers 19h et m’annonce que comme je suis seul, il ne préparera pas à manger. Il m’indique un resto « pas loin » ! Pas loin ? !!! C’est au moins à 500m. ! Et en fin de journée pour un randonneur fatigué, c’est TRES loin ! Mais ça vaut le coup ! Le patron est sympa et le repas excellent ! 500m. pour revenir, m’écrouler et dormir !

           
Le Monastier - A droite il est 5.30, le Monastier s'éveille

 

Jour 2 Le Monastier sur Gazeille – Langogne (34 km prévus)


Le soleil est encore bas ! Mais non, je ne me suis pas encombré d'un pied pour mon appareil, ce ne sont que mes bâtons !

Lorsque je lui ai dit où je comptais dormir(Langogne), le Manu a ouvert de grands yeux ! « Mais c’est à plus de 40km ! » ! En fait, la partie était jouable puisque j’avais compté couper entre Ussel et Landos et raccourcir d’au moins 6 km en ne passant pas par Le Bouchet St Nicolas mais en empruntant le GR 700 après Bargette. Il ne me serait alors resté que 33 ou 34 km. Malheureusement, je n’ai pas trouvé le GR700 ! Pourtant la journée avait bien commencé ! Réveil à 5.30 Les tendons sont un peu raides mais la situation me parait encourageante ! Le petit déjeuner n’est malheureusement pas assez fourni - je le paierai plus tard- mais il fait plutôt beau, encore frais ! Les 10h annoncées commencent à s’écouler. J’attaque tout doucement la grande descente vers la Gazeille (la rivière du coin) et pas plus rapidement la jolie remontée vers Le Cluzel. Au Cros, j’hésite un peu. Je laisse finalement l’abreuvoir cité dans le topo sur ma droite et c’est la bonne option. Peut-être les deux sentiers se rejoignaient ils ? Je monte, je descends mais c’est relativement plat dans l’ensemble jusqu’à la descente un peu prononcée sur Goudet, son château de Beaufort sur un piton de l’autre côté de la Loire où je crois apercevoir la bête du Gévaudan ! Un chien furtif sans doute ! Qui dit descente dit remontée et ça ne rate pas ! J’attaque un sentier tellement caillouteux qu’il faut regarder où l’on pose ses pieds – pieds qui soit dit en passant ne me font pas trop souffrir à condition de ne pas m’arrêter ! Pourtant, toutes les deux heures, je me force à m’asseoir, manger et boire. De nouveau c’est assez plat jusqu’à la prochaine rivière où le schéma habituel se profile : descente- remontée jusqu’à Ussel puis Bargette. Je tournicote un peu dans le hameau pour rejoindre le GR 700 qui me fera donc éviter le long détour par Le Bouchet où, en plus, si j’en crois le Topo p. 42 , il n’y aurait pas grand-chose à voir ! Le problème est que je ne trouve pas le GR en question ! Je vise un champ car, normalement, en allant tout droit dans cette direction, je ne peux que retomber sur le GR ! Sauf qu’un champ ce n’est pas une vigne : ça n’a qu’une entrée-sortie ! Les vignes ? Tu passes de l’une à l’autre assez facilement la plupart du temps. Là non ! Alors je redescends, reprends un autre champ et le soleil est là, bien fort qui me tape sur le système autant que l’agacement de ne pas avancer. Il me reste encore pas mal de route à faire ! 19 km ! Basta ! Je décide de poursuivre en car à partir de Landos. Je descends donc jusqu’au village qui se trouve à deux kilomètres et apprends qu’il n’y a pas de trasports pour Landogne avant le lendemain ! J’en suis quitte pour refaire mes deux kilomètres et aller me poster sur la route nationale y faire faire du stop ! Un petit coup d’œil au guide m’aurait certainement fait prendre un autre chemin peut-être pas plus court pour rejoindre la nationale mais certainement plus fréquenté et surtout m’aurait positionné à la sortie de La Sauvetat et non à un croisement pas du tout ombragé, où personne ne ralentit ni bien sûr ne s’arrête. Il me faudra attendre plus d’une heure et demie en plein soleil avant qu’un gars ne s’arrête ! Il me dit que placé là où j’étais, devant un panneau bleu et blanc d'intersection, on ne me voyait pas très bien ! C’est ballot ! Il va je ne sais où et ne connait pas très bien la route. Il me dépose à la bifurcation des routes Langogne –Mende – Aubenas. Je commence à marcher vers Langogne et quelques minutes plus tard, un coup de klaxon me fait tourner la tête. C’est le même gars qui s’est trompé de route. En fait il doit passer par Langogne ! J’aime ce genre d’erreurs que les autres font ! Il me dépose donc à proximité du gîte Modest’Inn (Ouaf !) où je peux entrer tranquillement ! Personne ne semble présent. J’enlève les chaussures, cela fait 10 h. que je suis parti du Monastier et ça fait du bien ! Vingt minutes plus tard, la propriétaire entre dans la maison avec sa fille. Elle revient de faire des courses au Puy. Son fils est dans la maison mais ne m’a pas entendu. Elle est très sympa, et le gîte aussi. Je suis seul et du coup mangerai en tête-à-tête avec elle ! Ses enfants sont « en ville » avec les copains ! Nous parlons un peu de marche et elle me conseille de marcher en sandales si j’ai si mal aux pieds que ça ! Il parait que c’est la nouvelle tendance ! Marcher le plus léger possible. On verra bien !

  En quittant Langogne, le pont sur l'Allier

Jour 3 : Langogne – La Bastide-Puy Laurent (35km par le sentier officiel – 10 km de moins par le GR700 qui évite St Flour de Mercoire et le Cheylard l’Evêque)

 Oui je sais, ce n’est pas le parcours « officiel » que j’ai pris mais, un peu limité dans le temps, il me fallait trouver des solutions pour raccourcir le parcours. Je ne sais pas comment est la partie St Flour – Le Cheylard mais c’est un agréable sentier que j’ai emprunté avec le GR700 en passant par Les Fagoux. D’après ce que m’a dit « ma logeuse », une majorité de randonneurs emprunte d’ailleurs cette variante !

Du goudron bien sûr mais beaucoup de piste forestière ! Cela fait du bien !  L’arrivée au Lac des Louradous est sympa. Un papy engage la conversation. Visiblement ça lui paraît vraiment inconcevable qu’on puisse marcher comme ça avec un sac sur le dos pendant des heures. Il en rigole même ! Ceci dit, il m’est déjà arrivé de penser un peu la même chose que lui à certains moments ! J’arrive (après un bon passage sur route grrr !) au Luc. Il y fait chaud. C’est à l’ombre de l’église que je me sustente. Le redémarrage est assez douloureux mais en donnant le petit coup de rein qui fait prendre la bonne allure, ça repart… toujours en sandales et de nouveau j’ai droit à une portion goudronnée d’environ 2 km ! Malgré les pieds qui chauffent sur l’asphalte j’ai l’impression d’aller à assez bonne allure. Un peu avant Rogleton, le GR quitte enfin la D154 ! Ce n’est pas trop tôt. Deux femmes me demandent si je vais à Notre Dame des Neiges. (où Stevenson a passé la nuit parait-il. P 62 de mon édition : « Stevenson y fit halte et décrit longuement son séjour au monastère dans le Journal de route ». Un des extraits de ce Journal p 63 : « Rarement me suis-je approché d’un lieu avec une frayeur plus intense que du monastère de Notre-Dame Des Neiges ; voilà ce que c’est d’avoir reçu une éducation protestante ! Et soudain à un tournant, la frayeur me saisit de la tête aux pieds. […] Ce fut un choc profond pour moi de découvrir un frère du Moyen-Age se débattre avec une brouettée de gazon. Il était là en manteau blanc avec son capuchon noir. Devais-je m’adresser à quelqu’un qui a fait vœu de silence ? […] J’appris par lui avec déplaisir que je ne pouvais être reçu au monastère. On pouvait me donner un repas mais c’était tout. » Sans doute les autorités du monastère ont elles émis un avis différent !

 
à gauche, le départ du GR700 -le raccourci - chuuut ! - au centre la route encore, après le lac des Louradous - à droite le village du Luc

Bien sûr, je choisis la route la plus directe (et officielle qui plus est) qui ne passe pas par le monastère ! Je traverse la rivière et vois un panneau indiquant La Bastide à 2.5 km. C’est bon, me dis-je, la journée est presque terminée. Sauf que si le chemin est plutôt sympathique, il fait très chaud et les tendons sont très, très douloureux. Je ne sais pas si le panneau était erroné ou si la douleur me fait prendre chaque mètre pour un kilomètre mais j’ai l’impression de ne pas avancer ! La Bastide recule sans cesse ! Je finis quand même par y arriver et m’écroule dans ma chambre d’hôtel. Après un somme de près de d’une heure, j’ai du mal à marcher. Cela fait deux jours maintenant que je me demande trop souvent ce que je fabrique à marcher dans cet état-là. Le plaisir n’est plus là, la douleur y est pour beaucoup évidemment. Je n’aime pas ça du tout, mais il va falloir se rendre à l’évidence, il faut abandonner – provisoirement j’espère – et rentrer à la maison ! Peu importent les arrhes versées ! J’essaie d’appeler ma chérie mais le Tour de France ET le président de la République sont dans le coin. Tous les réseaux ont été bloqués me dit la patronne de l’hôtel ! C’est bien ma veine ! Gentiment elle me permet d’utiliser la ligne fixe de l’hôtel pour prévenir de mon retour prématuré.

 
Avant Laveyrune, le pont sur l'Allier qui marque la limite entre Lozère et Ardèche - à droite, des sentiers ombragés comme on les aime et qui changent du goudron !

Question arrhes, tiens parlons-en. Je conçois très bien que les arrhes ne soient pas remboursés lorsque l’annulation intervient moins de 48 h. avant la nuitée prévue. Il me restait 5 étapes à faire, je m’attendais à récupérer au moins les deux dernières, Saint Germain de Calberte et Mialet. C’était mon idée mais pas celle des patrons des gites et autre camping. Qui plus est, le patron du camping de Mialet avait exigé la totalité du règlement à l’avance et n’a rien voulu savoir pour m’en rembourser ne serait-ce qu’une partie ! Merci monsieur !

Les deux années où j'ai marché sur ce circuit, je n'ai pas rencontré tant d'ânes que ça. Pourtant les sentiers sont souvent décorés de certaines traces reconnaissables.
Mais il semblerait que le trajet ne soit pas toujours identique pour les marcheurs et pour les ânes pour éviter certaines difficultés.

Point d'arrivée de cette première tentative avortée, et bien sur point de départ de la deuxième !

Deuxième essai : du 2 au 8 août 2017

Jour 4 : La Bastide Puyaurent – Chasseradès 12 km –  2.45 arrêts (limités) compris.

Je ne sais pas si c’est un bon présage mais j’ai réussi à réserver des billets aller et retour Bézier-Nîmes ainsi qu’un aller simple, Nimes-La Bastide avec la formule  "train à 1 €". Avec le trajet Saint Jean du Gard Nîmes à 1.50€ les transports m’auront coûté 4.50 !

Le train qui me ramène à La Bastide pour cette deuxième tentative est bondé. En sortant de la gare, j’ai un peu de mal à retrouver le sentier. J’opte pour une descente vers l’Hôtel où j’avais abdiqué deux ans auparavant. Ce n’est pas la bonne direction, des panneaux « Stevenson » me préviennent mais au moins, je trouve une fontaine et en profite pour remplir ma gourde. C’est qu’il fait un peu chaud malgré l’altitude même si 1000 m. c’est assez peu finalement. Je remonte donc vers la gare et passe le passage à niveau. C’est un piètre panneau en bois peint qui m’indique la bonne direction :  « Chasseradès 3h. ». Alors je commence à tout doucettement monter vers le col de la Mourade. C’est amusant comme il y a un je ne sais quoi d’appréhension mêlé à une pincée d’excitation : « Et si j’étais encore obligé d’abandonner hein ? Mais non, tout va bien se passer ! Et ça va même être génial ! » Finalement le vent parfois presque frais permet de bien supporter la chaleur que l’effort accentue. Ce n’est pas non plus Ouarzazate où nous nous trouvions la semaine dernière ! Il ne faut pas trop exagérer mais quand même ! Ceci dit, la balade se déroule assez tranquillement sur une large piste forestière somme toute plutôt sympathique. Evidemment, il faut qu’une portion d’au moins un kilomètre de goudron vienne gâcher la fin du parcours ?! N’y a-t-il vraiment pas un moyen d’éviter ces portions quotidiennes de goudron qui chauffent les pieds, empestent et sont parfois même dangereuses ? Problème de propriétaires récalcitrants ? De conception de la rando ?







au-dessus de La Bastide

Au hameau de Chabalier

         

Heureusement, l’accueil à l’Hôtel des Sources est sympa et le repas tout à fait correct ! Le jeune homme de la réception qui m’indique où se trouve ma chambre semble un peu surpris que je n’aie pas besoin du code wifi de l’hôtel ! Ben non ! Mon téléphone ne sait pas trop ce que ça veut dire ! Une véritable antiquité ! Kicékadit « comme son propriétaire » hein ? D’ailleurs, c’est un peu ce que je me disais aussi en grimpant l’escalier et en soufflant un peu : "On évoque des problèmes de santé, de genou, de tendons, de chaleur, on s’y accroche même, mais il faudra bien un jour reconnaître que le corps ne réagit plus comme il y a vingt ou même dix ans !"

La vue de ma fenêtre est sympathique mais j’ai la flemme d’aller voir de plus près cette grange absolument immense que je vois ! J’ai pris le pli « rando-sieste » assez facilement et puis après la sieste, il y a la lecture, le moment écriture puis arrive l’heure du repas, de nouveau un peu de lecture-écriture et Morphée m’attend !


de la fenêtre de l'hôtel. Le bâtiment gris n'est qu'une seule et unique grange !

Jour 5 : Chasseradès –  Le Bleymard 17 km 5h annoncées, j’ai mis 5.15 arrêts compris.

Ben voyons ! Cela m’aurait surpris ! Le goudron est de la partie ! C’est définitivement une calamité ! Sur cette portion c’est au moins deux à trois km d’asphalte qu’il faut parcourir ! D’accord, les voitures sont rares mais il y en a quand même quelques unes ! En plus, le goudron ça sent mauvais ! Définitivement ! C’est dommage car sans que ce soit somptueux, le cadre est agréable, les paysages sont ronds, les champs jolis ! Les passages en forêt sont mes préférés et de loin ! Aujourd’hui, c’est entièrement sur piste que je chemine… piste et goudron of course ! Il n’y a qu’à la fin qu’un sentier apparait. Au départ, c’est une vue sur le viaduc de Mirandole. Impressionnant de haut, il l’est encore plus vu d’en bas. Quel boulot ! Ce n’est pas étonnant que 4 ouvriers soient morts pendant sa construction !


Les sources du Lot


En chemin, je me détourne pour aller admirer les sources du Lot. Sur le guide, la photo est alléchante. Sur place, un petit filet d’eau entre deux pierres chuinte à peine ! La sécheresse ? Peu importe, le site est mignon. Il a été aménagé par les élèves d’un collège proche. Je reprends ma route et m’arrête manger sur un tapis d’herbe verte. Je regarde longuement deux araignées qui semblent voler comme des singes en s’accrochant aux herbes avec leurs longues et fines pattes noires ! Je n’ai pas vu beaucoup de monde aujourd’hui ! Un homme et ses deux grands enfants ainsi qu’une fille avec un gros sac. Visiblement elle porte sa tente. Lorsque je lui demande si ce n’est pas trop lourd avec la tente, elle me répond en riant qu’elle n’a pas grand-chose d’autre ! Je ne la reverrai pas ! Autonome avec sa maison sur le dos, elle choisit d’autres étapes que moi !



Le viaduc de Mirandol

Le monument aux 4 morts de la construction du viaduc
dont 2 jeunes de 17 et 19 ans le 4 /10/18..81?)


Une sorte de "faucheuse" agile comme un singe

A l’arrivée au Bleymard, ou plutôt à La Remise, il y a bien sûr de la route mais je suis bien content de voir qu’un magasin d’alimentation est situé juste en face de l’hôtel. Cela me permettra de m’acheter ma dose d’eau pétillante ! Un litre avant le repas et un autre pour la nuit ! Bien sûr, la vue de la chambre est moins agréable qu’hier puisque la fenêtre ouvre sur une départementale ! J’opterai pour la fenêtre fermée et la chaleur relative de la nuit (on est à plus de 1000 m. quand même !)

 

Jour 6 Le Bleymard - Le Pont de Montvert 18 km ; 6.45 indiquées. 6h arrêts compris.


C’est incontestablement la plus belle étape de ce circuit (avec la suivante) qui pour l’instant ne m’a pas franchement emballé. Mais là, force est de reconnaître que le sommet de Finiels vaut le déplacement !

Lorsque je quitte Le Bleymard, la rue principale est battée pour permettre la tenue de la « foire gourmande » ! Il est assez tôt (8 h) mais déjà quelques personnes s’agitent. Moi aussi parce que la montée vers le sommet de Finiels (1699 m.) débute assez vite ! Je décide de me la jouer « ritartendo » ! Doucement doucement ! Je me force même à ralentir le train !

Le Bleymard, 8.15, la montée commence...

Je double quand même un groupe de 4 personnes (2 hommes deux femmes) qui sont... arrêtées ! Ils sont très peu chargés. Je les soupçonne de voyager avec un opérator qui leur transporte les bagages d’un hôtel à l’autre ! Ils me redoubleront un peu après puis s’arrêteront. Nous arriverons à peu près ensemble à Pont de Montvert au bout de seulement 6 h, arrêts compris ! Il y aurait comme un petit souci avec les indications du topo-guide que ça ne m’étonnerait pas ! J’ai volontairement ralenti l’allure dans toutes les montées et même dans les descentes et malgré cela, je suis sous le « par » Bizarre ! Mais revenons à nos moutons : c’est sans conteste la plus belle étape ! La montée au sommet, jalonnée par les « montjoies » (ces petits « menhirs » destinés à marquer le sentier en cas de mauvais temps et dont certains arborent même la croix de Malte !) est superbe ! Une sorte d’Ecosse « sèche » ! L’Espinouse héraultaise en plus grand. 





Autour de la station de ski du Mont Lozère où j’arrive après 1.30 de marche environ, des voitures s’agitent. Des camping-caristes se réveillent après avoir passé la nuit dans un paysage ma foi assez paisible. Je ne peux pas m’empêcher d’éprouver une certaine fierté un peu condescendante d’avoir fait le trajet à pied ! Et voui, suis comme ça !

Au sommet, la chaleur et sa brume n’autorisent pas une vue grandiose qui peut parfois conduire parait-il le regard jusqu’au Mont-Blanc ! Mais c’est déjà pas mal ! Il y a déjà quelques personnes au sommet, s’attardant devant les trois tables d’orientation intéressantes, mais je m’attendais à plus de monde ! Un circaète Jean-Le-Blanc tournoie au-dessus de moi quelques secondes et puis disparait ! La montée a été nette bien sûr mais assez régulière malgré quelques raidillons un peu casse-pattes ! Heureusement la forêt permet de progresser à l’ombre et c’est bien. Après, plus on approche du sommet, plus c’est pelé mais il ne fait pas une chaleur épouvantable ! Je retrouve là-haut un jeune couple vu au diner lors de mes deux dernières étapes. Je les reverrai en arrivant à Florac. Ils me garderont même mon sac en attendant que je refasse le plein d’eau gazeuse au supermarché « Monsieur s’il vous plait, il faut laisser votre sac dehors ! ». J’essaie de me repérer un peu, de reconnaître quelques endroits mais c’est assez compliqué alors je repars pour la descente qui déroule tranquillement. Un peu avant Finiels, un monsieur et son fils devisent tranquillement en laissant leur âne vivre sa vie assez loin devant. Je les double facilement ce qui n’est pas le cas lorsque j’arrive à hauteur de l’âne. Celui-ci semble ne pas vouloir laisser sa place de premier. Il me bouscule légèrement en voulant me re-dépasser, je le laisse et finalement, il s’arrête net pour déguster une touffe d’herbe certainement très appétissante ! Le village de Finiels est vite dépassé et c’est par un large sentier assez plat, bordé de gros blocs rocheux que je m’approche du Pont de Montvert.


L'âne pressé... parfois !


Pont de Montvert, demain je serai en face !

Les deux couples du départ qui m’avaient doublé durant ma pause repas sont juste là. Une femme peine un peu dans la descente un peu raide. « C’est plus pratique avec les bâtons ! » « Je sais, me répond-elle, mais nous les avons oubliés à la maison ! » J’arrive au village 45’ donc avant le temps indiqué et des panneaux indiquent le gite communal où j’ai réservé. Je les suis mais au bout d’un moment, il n’y a plus rien. Je me retourne et en vois un qui me conseille de revenir 200 m. en arrière ! Damned ! Aurais-je raté quelque chose ? Peu importe, j’arrive au gîte qui n’ouvre qu’à 16.30 ! Nom de dieu de nom de dieu ! Je sais que les horaires des travailleurs notamment communaux ne sont pas élastiques mais sacré nom d’une pipe, n’y-a-t-il pas un moyen d’accueillir des randonneurs qui viennent de se taper 6 ou 8 heures marche ? Sur la pelouse un homme dort. J’apprendrai par la suite qu’il est arrivé avec sa femme à midi ! Ils attendent aussi l’ouverture. Il est 14 h. Je prends mon mal en patience et commence à m’allonger aussi dans l’herbe mais au bout de cinq minutes je change d’avis. Je tente un coup de téléphone à l’hôtel le plus proche. Premier miracle, il y a juste assez de réseau pour passer un appel. Deuxième miracle, une chambre est libre à l’Hôtel des sources du Tarn ! Ni une ni deux, je réserve et m’y précipite. C’est à 5 minutes. Lorsque j’arrive, assoiffé de Perrier, je demande au patron s’il est possible d’en avoir un ! Là, vous avez deux sortes de personnes ! Ceux qui sont désolés et très gentils, mais vraiment ce n’est pas possible ! Et les acariâtres qui bougonnent « Ah non là je peux pas j’ai personne ! » Je suis tombé sur la deuxième sorte qui en plus a marmonné que « oui, il y a des cafés et l’épicerie qui sont ouverts ! » Pas de bol, l’épicerie était fermée ! Certaines personnes s’emmerdent au boulot et le font savoir ! Dommage !

  

L'après-midi....il y a plus de monde dans l'eau qu'à 8h00 !


Heureusement le village est plus sympa et carrément animé ! Les terrasses des cafés en bordure du Tarn sont bondées, des ânes se reposent, des gens aussi. Sous le pont un espace baignade est aménagé. Il s’agit du pont près duquel Pierre Esprit Séguier le camisard a, avec ses copains, tué l’abbé du Chayla qui s’était montré assez peu charitable et même franchement cruel avec les prisonniers protestants qu’il retenait ! Pas de chance pour le camisard, il sera pris quelques jours plus tard et lui-même torturé et brûlé vif près de ce même pont ! J’en sais désormais un peu plus sur le personnage dont le nom figure à l’entrée de ma rue ! Mais il faut que je téléphone au gîte pour annuler ma réservation. Pas de bol ! Il n’y a pas de réseau ! Une seule solution, remonter justement au gîte pour le dire de vive-voix mais il n’est pas encore 16.30 ! J’y retourne malgré tout. Un numéro de téléphone est affiché. Il y a vraiment très peu de réseau mais j’arrive quand même à joindre la responsable ainsi que ma chérie que je préviens de mon changement d’hébergement !

 

Jour 7 - Le Pont de Montvert- Florac (par le GR 68) 22 km ; 7h30 arrêts compris. Au moins 700 m de dénivelé positif et pas loin de 1000 m. de négatif.

Le patron de l’Hôtel n’est pas plus souriant le matin que le soir sauf lorsque je lui donne mon chèque de règlement ! J’ai alors droit à un petit sourire et un « Bonne journée ! » qui sortent du fond du portefeuille ! Je viens lui lâcher 70€ pour une demi-pension où, si la nourriture n’était pas mauvaise, la qualité de la chambre était des plus modestes ! Je m’apercevrai en fin de journée qu’en plus, je lui ai abandonné ma serviette de toilette spéciale rando ! Et m… !

C’est l’étape renommée la plus difficile. J’ai décidé depuis longtemps de finir par le GR 68 en évitant le détour par Bédouès. 6 km en moins, ça se sent ! Le logeur de Cauvel pense lui que ça ne vaut pas le coup tellement la descente sur Florac par le GR 68 (qui commence par une bonne remontée !) est raide. Pourtant si c’était à refaire, je referai la même chose mais le problème ne se pose pas car je ne referai sans doute jamais ce circuit ! Je ne suis pas le seul à opter pour ce raccourci. Le jeune couple rencontré à plusieurs reprises avec lequel marche un autre randonneur choisira cette option ainsi qu’un couple de Chambéry que je reverrai à Cauvel puis à St Etienne Vallée Française. Au départ du Pont de Montvert, c’est assez raide (mais le matin, j’ai tendance à trouver que tout est assez raide) .


Pont de Montvers dans le bas, hier j'étais en face !

un cerf volant... ou presque !

C’est aussi très beau ! Le sentier débouche sur un superbe plateau comme je les aime, calme, serein. Tellement calme qu’un cerf y batifole et disparait dès qu’il me voit-sent ! C’est le Cham de l’Hermet. Une inévitable portion goudronnée mène en bas d’une piste qu’il faut remonter longuement, d’abord jusqu’au Champ Long de Bougès où je me fais doubler par une voiture de randonneurs puis jusqu’au col de la Planette. Après, ça repart à la grimpette jusqu’au magnifique Signal de Bougès en passant par les Trois Fayards. La lande est magnifique, mauve sous la bruyère en fleur. Les criquets à ailes bleues (Oedipoda caerulescens) clignotent en évitant mes souliers de leurs petits bonds joueurs ! C’est le calme absolu ! Le plaisir de marcher dans le calme total !

Au signal du Bougès


Vers le col des Trois Fayards, cairns en folie

Sauf erreur, les deux sommets arrondis sont l'Esquino d'Ase et le Puech des Bondons

Je passe le col du Sapet où trois cyclistes déguisés comme des pro déjeunent. Je m’enfonce dans la forêt par la piste plate et je m’octroie une heure de pause ! Du jamais vu pour moi qui n’aime pas trop m’arrêter longuement, mais j’ai envie de reposer mes jambes car je sais qu’il me reste un peu de distance à parcourir et surtout une bonne descente ! Curieusement, malgré cette pause d’une heure, personne ne me double. Seuls, quatre jeunes remontent vers le col du Sapet. De façon générale, je trouve qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de monde sur ce circuit. Quelqu’un me dira plus tard qu’il y a eu beaucoup d’annulation en raison de la canicule qui sévit ailleurs. Ici, bien sûr il fait chaud mais c’est tout à fait supportable ! Je repars reposé et, en arrivant à la jonction avec le GR 68… nom d’une pipe : le sentier grimpe ! Le couple de Chambéry me dira plus tard qu’après avoir commencé à prendre ce GR, pris d’un doute (car on est censé aborder la descente sur Florac quand même !) ils avaient rebroussé chemin croyant s’être trompés mais avaient dû faire demi-tour et remonter ce qu’ils avaient descendu ! C’est ballot ! Enfin, ça commence à descendre. Plus loin, deux ou trois personnes vont à bonne allure. Je les vois, les perds de vue, les revois, les reperds… C’est le jeune couple et le randonneur déjà rencontré. J’apprendrai en arrivant à Florac qu’ils sont descendus assez vite mais qu’ils ont dû s’arrêter à deux ou trois reprises car le jeune femme était un peu en hypo et devait boire et manger régulièrement avant de repartir (vite !).


Florac, avec derrière, le rocher de Rochefort en forme de château

C’est vrai que la descente est raide mais je ne le dirai jamais assez : « Vivent les bâtons ! » Je rejoins donc les marcheurs à l’entrée d’un supermarché à Florac puis nous partons ensemble à la recherche du Centre d’accueil où nous avons en fait tous réservé. Rien n’est indiqué. Florac est vraiment une toute petite ville tout en longueur et le Centre (CAC) indiqué 50 m. seulement avant le bâtiment est à l’autre bout ! J’y arrive en premier car, alors que je m’arrêtais pour demander des indications, ils ont avancé et sont tombés sur quelqu’un qui croyant connaître, leur a fait prendre le chemin des écoliers ! L’accueil est très sympa… pour moi. Le responsable veut me faire plaisir et me donner une chambre avec un seul lit. Du coup il pénètre dans toutes les chambres à un lit en réveillant ou dérangeant ceux qui s’y trouvent déjà. Finalement, il me trouve une chambre à deux lits que j’occuperai seul. Je file sous la douche et c’est là que je me rends compte que j’ai oublié ma serviette à l’Hôtel ! Comment faire hein ? Un t-shirt fera l’affaire ! Après, je visiterai Florac en tentant de trouver une serviette de rando ! On m’indique un magasin de sport qui n’existe plus. Un autre se trouve un peu plus loin mais point de serviette ! Je retraverse le bourg jusqu’au supermarché où je fais l’acquisition d’une… serpillère en microfibres. Super ! Je l’expérimenterai le lendemain ! Pas de problème, c’est léger, ça sèche vite ! Même si c’est effectivement un peu petit, au moins ça ne prend pas de place ! Florac est animée. Il y a beaucoup de magasins à touristes. Beaucoup d’activités qui ne cachent pas les maisons fermées, résidences secondaires dans le meilleur des cas, les façades décrépies. Heureusement que le Parc National y a son siège. Cela crée un peu d’activité et quelques emplois !

En résumé, c’est une belle journée, parfois un peu chaude mais quels paysages ! On voit souvent très loin ! Question CAC, l’accueil est sympa, la nourriture aussi et très abondante. Le seul petit défaut serait le « calme » autour. Le centre est en effet situé juste à côté du terrain de foot qui sert de point de ralliement aux jeunes du coin. Etant donné la chaleur, je ne me résous pas à fermer les fenêtres et les boules Quiès ont bien du mal à étouffer le bruit des conversations proches ! Heureusement, la fatigue est là et le sommeil finit par gagner !

Jour 8 -  Florac – le Cauvel 25 km – 6h30 arrêts compris

Plusieurs options s’offrent pour cette fin de parcours. J’ai décidé de scinder l’arrivée à Saint Jean du Gard en trois étapes. Florac le Cauvel – Le Cauvel – St Etienne-Vallée Française et St Etienne- St Jean du Gard. Cette dernière, assez courte, me permet d’arriver à temps pour prendre le bus de Nîmes, puis le train vers Béziers. Le randonneur que j’ai rencontré a préféré faire deux étapes : Florac – Saint-Germain de Calberte puis St Germain-St Jean où il a passé une nuit avant de finalement prendre le même bus que moi à St Jean. Bien sûr, il y a ceux qui préfèreront aller jusqu’à Alès. C’était mon projet en 2015 mais j’ai changé d’avis ensuite ne souhaitant pas rallonger mon périple par une portion qui promettait d’être assez chaude !

Cette étape, Florac – Le Cauvel est assez inégale. Une grosse partie goudronnée à la sortie de Florac met tout de suite dans le bain !


Ensuite, deux ou trois traversées de route dont une, courte mais dangereuse avant St Julien d’Arpaon, en plein virage, entre la chaussée et le rail de sécurité avec des véhicules qui roulent vite, a commencé à me mettre un peu colère et une deuxième, au lieu-dit Malhautier, en sortie de virage, sans aucune visibilité a fini de m’achever ! J’ai pensé aux gens qui font la rando à dos d’âne et j’ai eu peur pour eux ! Le soir au château de Cauvel, justement, un couple et leurs deux enfants m’ont confirmé avoir eu assez peur en faisant traverser leur âne à cet endroit-là. A Malhautier, une femme semble avoir besoin de parler. Elle est seule dans son jardin et en deux secondes je sais beaucoup de choses : elle a une maison dans le Vaucluse mais elle va la « « bazarder pour acheter à Nîmes. Au moins ça me fera gagner une grosse heure pour venir ici parce que vous savez, il faut s’en occuper d’une maison comme ça, et puis il y a le jardin ! D’ailleurs mon fils devait passer pour remplir la cuve, moi je n’ai pas la force mais il m’a dit qu’il passerait finalement demain. J’espère parce que les tomates et les haricots…. » Je crois que j’aurais pu rester deux ou trois heures sans rien dire qu’elle n’aurait pas arrêté de parler ! « Et vous allez où comme comme ça ? » « Au château de Cauvel ! » « Oh ça, vous n’y serez pas avant la nuit ! » « Eh ben justement, je crois qu’il faut que j’y aille…. »


Sinon, la portion entre St Julien et Cassagnas est tranquille et domine joliment les gorges de la Mimente. Elle emprunte une ancienne voie ferrée, donc quasiment plate, et tournicote dans deux ou trois tunnels. Après, la montée dans la forêt de Fontmort est un peu fastidieuse à mon goût. Monotone, elle grimpe quand même jusqu’à 900 m. Une fois là-haut, je trouve effectivement les indications vers le Cauvel, indications dont m’avait parlé le propriétaire lorsque je l’avais appelé ne sachant pas si le château était bien indiqué ou non puisqu’il ne se trouve pas sur l’itinéraire. 500 m. indiquait le topo-guide édition 2014. 2.6 km indique plus exactement l’édition 2017 ! C’est un sentier très étroit qui descend… jusqu’à une route que l’on doit suivre pendant près de deux kilomètres jusqu’au château. Pas d’ombre, à 14h30 ! Je reconnais avoir un peu pesté ! Mais il est vrai que l’arrivée au château et l’accueil du propriétaire font vite oublier le goudron brûlant ! C’est ainsi que m’inquiétant un peu pour le trajet du lendemain (refaire en sens inverse le trajet sur la route etc. ne m’emballait que très moyennement !) Ambroise P. m’a rassuré, m’a montré la carte et m’a même annoncé que sur la facture qu’il me fournirait le lendemain, il y avait la reproduction d’une carte au 10/1000 avec les indications nécessaires pour rejoindre le GR avant le col de la Pierre Plantée. Classe quand même non ?





Le chateau du Cauvel, la terrasse...
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On fait pire comme paysage vu de la chamnbre


Le soir, le couple de randonneurs qui avait cru se tromper dans la descente sur Florac m’a rejoint. Avec nous à table, dans le décor superbe de la terrasse du château, il y a le couple avec les deux enfants qui randonnent avec un âne… lequel n’arrête pas de se sauver ! Nous parlons un peu et, je ne sais plus comment, peut-être à cause de la chaleur je crois, la conversation tombe sur le Maroc. Monsieur est amoureux du Maroc et surtout de Marrakech « où nous avons des amis. Et comme nous en avons un peu partout en Europe, Marrakech est le lieu idéal pour se retrouver ! » Ben vouiiii ! C’est bien connu, Marrakch est au centre de l’Europe ! « Et puis, comme j’aime beaucoup le golf, il y a des parcours extraordinaires là-bas ! » Ben vouiiii, il y a même des gens qui n’ont pas l’eau et qui vont la chercher plusieurs fois par jour à l’autre bout du village ! Mais monsieur, malgré tout sympathique même si, est un avocat spécialisé dans le droit des affaires… tout un monde dont je ne fais pas vraiment partie ! C’est ainsi qu’il annonce avec un peu de condescendance pour ce pays qu’il adôôôre, que le Maroc n’a pas réussi sa révolution informatique par exemple ! « Contrairement à Israël, où des villes comme Tel-Aviv sont carrément à la pointe de la technologie, Casablanca a du mal à se mettre au niveau ! » Ben vouiii mais les bergers de l’Atlas au moins ne se font pas tirer dessus comme les palestiniens hein ?

Bref, je rejoins ma chambre et quinze minutes plus tard, leur petite fille passe devant ma porte en m’annonçant que leur âne s’est sauvé !

Ambroise P. n’en revient pas qu’un loueur puisse louer une bête dont il sait qu’elle se sauve tout le temps ! Pas loin mais on ne sait jamais, elle peut aller sur la route et provoquer quelque accident ! A ce propos, il paraît qu’un âne se loue environ 50/70€ la semaine (20€ à la journée), qu’il ne devrait pas être chargé de plus de 70 kg et qu’il faudrait ne pas le faire marcher plus de 20/25 km par jour. Ce n’est pas toujours respecté parait-il. De même, les hébergeurs d’âne ne remplissent pas forcément tous les conditions de la charte « Stevenson » relative à l’accueil d’ânes ! Il semble assez d’accord avec moi pour considérer que ce circuit de Stevenson est sympathique mais souvent récupéré par les commerçants qui en profitent. Ici, en tout cas, la maison est bonne et la nuit calme à souhait !

Jour 9 – le Cauvel – St Etienne Vallée Française 16 km –5h arrêts compris (mais le gite est à 2 km avant St Etienne !)

Malgré la petite étape qui m’attend, je suis assez matinal mais prends mon temps. Le couple de Chambéry part vers 8.00 et je suis vers 8.30. On s’est dit au revoir car à priori ils vont au gite « Le Mas Stevenson » tandis que j’ai réservé au gite « Lébou ». On s’apercevra le soir que ce n’est qu’un seul et même endroit !

La carte fournie au dos de la facture est une excellente idée. Je discute un peu avec Ambroise Pfister, le « logeur » qui s’avère être un garçon très sympa. A priori, s’il est peut-être avec sa femme et leur fils un peu seul l’hiver, d’une part il nous dit qu’il aime ça, mais d’autre part, c’est loin d’être la grande solitude lorsque l’été arrive. A priori, toute la famille, frère, sœurs, parents, neveux et nièces débarquent. Ceci dit, cela ne nuit en rien à la tranquillité du gîte ! Nous parlons un peu de la faune du coin. Il reconnait qu’il y a des loups mais qu’il n’en parle pas beaucoup car ça effraie les touristes et puis c’est un sujet un peu polémique, alors il évite !

Après un début de sentier que la dame de Chambéry (qui n’est pas la dame de Haute-Savoie) qualifiera le soir de très raide et assez pénible, je rejoins une grande piste forestière qui monte doucettement. Arrivé à une bifurcation, un panneau indique : « Villa Gallo-romaine : 500 m. » Je ne suis pas pressé. Je vais y faire un tour. Effectivement, un site avec les « fondations » et les explications de la construction ! Je trouve assez incroyable et génial que quelqu’un ait eu l’idée de venir faire des fouilles dans ce coin perdu de chez perdu d’une forêt lozérienne mais ça vaut le coup ! Je reprends la piste principale, deux écureuils font les fous dans les pins !


La salle de bain, la salle à manger, le four, la cuisine etc... c'est sympa non ?


Un peu plus loin, après le col de Pierre Plantée, on dirait bien que ça a brûlé mais les dégâts semblent mesurés. Les poteaux sont assez originaux dans le coin en descendant vers Saint Germain de Calberte. Le village est plutôt animé. J’en profite pour faire le plein de Perrier, les commerçants sont encore ouverts, il est 12h30 environ. J’ai doublé depuis un moment le couple alpin. La dame nous dira le soir, que plus haut, vers un centre équestre-gîte, sandwichs etc, elle a vu un panneau qui l’a révoltée :  « Aujourd’hui les commerçants du village sont fermés. » C’est sûr, si ce n’est pas un oubli d’après dimanche, ce n’est pas très sympa pour les commerçants d’en bas !







Les poteaux sont assez originaux dans le coin en descendant vers Saint Germain de Calberte..!
(une croix rouge et blanche de GR sous la selle...!)


C’est vers 13.30 que j’arrive au Mas Stevenson Lébou. Le propriétaire me signifie très gentiment et très poliment que je suis très en avance et que d’habitude ils n’ouvrent qu’à 16.30 mais que ce n’est pas grave, puisque je suis là. La tradition chez eux leur fait offrir un verre de sirop à l’eau fraîche aux hôtes lorsqu’ils arrivent et c’est une excellente idée qui permet, comme il le dit de faire un peu connaissance ! Monsieur, autant que madame que je verrai le soir, est un grand bavard. « Vous savez, on n’ouvre qu’à 16.30 parce qu’il faut que l’on se repose. On est complètement « défoncé » (crévé). On se lève à 5 h. et vous quand vous allez vous coucher moi je vais aller m’occuper des ruches, jusqu’à onze heures ou minuit ! Ah c’est sûr qu’il faut travailler ! Il y en a dans le coin, moins maintenant parce qu’ils n’ont pas tenu, mais il y en a eu beaucoup qui sont venus après 68. La plupart sont repartis. Mais il y en a encore, des nouveaux qui viennent en Lozère pour faire semblant de travailler la terre. En fait ils profitent des aides sociales et ils ne font rien ! »

Conversation habituelle, argumentaire traditionnel. Si des gens se contentent de vivre avec les seules aides de l’état, grand bien leur fasse s’ils sont heureux comme ça ! Leurs besoins sont forcément limités alors pourquoi pas ? Ce ne sont pas eux qui ruinent le monde. Mes explications ne semblent pas le convaincre mais il ne réagit pas plus. Il faut reconnaître que lui et elle sont assez atypiques. Elle est assez directe pour ne pas dire un peu brut de décoffrage. Lui est étrange : c’est un mélange de « zenitude » et d’entêtement, fière et modeste, acharné et philosophe. Ils ont laissé une entreprise de transports routiers en 2011 à… Chambéry ! et sont venus s’installer ici avec au programme : rénovation de la grande bâtisse qu’ils avaient achetée, culture du safran, ruches et gros potager et bien sûr, gîte. Rencontre sympathique au cours de laquelle j’ai appris qu’il fallait faire tremper le safran dans l’eau avant de l’utiliser sinon il ne sent absolument pas.

A table avec riz au safran au menu bien entendu, se trouvent le couple alpin ainsi qu’une dame d’une petite soixantaine d’année, randonneuse elle aussi qui fait le sentier « Urbain V » (Nasbinals – Avignon et qui est retrace la vie du pape Urbain V, natif de Grizac en Lozère !) La coïncidence est amusante car le dernier numéro de Politis qui ironise sur « En Marche » parle des bienfaits de la rando et aborde justement les sentiers Stevenson et… Urbain V dont je n’avais jamais entendu parler ! Inévitablement, cela est en effet arrivé assez fréquemment sur ce sentier que le sujet soit abordé, la conversation dévie sur Saint Jacques de Compostelle que je ne ferai je crois jamais. Marcher vers un lieu de pèlerinage surpeuplé et terriblement « marchands du temple » ne me tente absolument pas malgré les rencontres que l’on ne manque certainement pas de faire ! Pas plus St Jacques qu’Urbain V !

 

Jour 10 – St Etienne Vallée Française – Saint Jean du Gard. 13.5 km, 4.00 arrêts compris. Environ 500 m. de dénivelé positif.


La nuit a été bonne, juste entrecoupée de quelques coups de tonnerre et de grosses averses. Pour la première fois il pleuviote. Je n’ai même pas passé la cape de pluie, juste ma petite veste légère que j’enlève au bout d’une heure parce que la pluie est quasiment insignifiante.


L'ambiance est plus écossaise ce matin brumeux...





Saint Etienne Vallée Française... ses façades :-(

Encore un morceau de route pour commencer (il y avait eu un bon morceau goudron pour terminer la veille !) mais, heureusement, cela bifurque et permet de gagner Saint Etienne plus tranquillement. Le village se réveille à peine. Beaucoup de façades auraient besoin d’un sérieux coup de peinture mais il y a quelques commerces. Assez vite on s’élève en forêt. Aujourd’hui, on est plus ambiance écossaise que méditerranéenne ! La brume n’est pas encore de chaleur mais les nuages sont assez hauts et on sent que ça va se lever ! Une dernière fois je double le couple alpin et avance doucement entre les arbres. Le col Saint Pierre est atteint tranquillement et je bascule de l’autre côté, versant sud par un sentier un peu raide. Par deux fois je croise des hommes qui montent en courant. Ils font leur footing ! Je pense que le trajet touche à sa fin, que je ne suis pas mécontent que ça se termine même si j’ai pris beaucoup de plaisir à marcher (avec aussi, oui je sais, de petites colères contre les portions de route … et d’ailleurs, il m’en reste une belle – pas loin de deux kilomètres il me semble !- avant d’arriver à Saint Jean du Gard !)








Au col Saint Pierre, avant de resdescendre sur Saint Jean du Gard


Heureusement, les deux derniers kilomètres se font sur un chemin. Je me régale d’une pomme tombée par terre dont le goût me rappelle complètement celui des pommes de La Marionnière, la maison de campagne de mes grands-parents, goût que je n’ai que très rarement retrouvé évidemment !


Stevenson aurait haï ces morceaux de goudron non ?

 

Lorsque j’arrive à Saint Jean du Gard, c’est la fête au village ! Un feu d’artifice se prépare mais surtout, la rue principale, fermée à la circulation est noire de monde, de commerçants, saucissons, fromages, confitures, habits etc. J’ai la facheuse impression de me trouver à contre-courant. Je ne peux pas avancer ? Je reste un instant immobile pour voir si les gens vont un peu s’écarter mais non, ils m’évitent juste et le flot se referme derrière moi. J’essaie de prendre par côté mais les commerçants ont squatté aussi les trottoirs. Je sors d’une semaine de rando en solitaire au cours de laquelle j’ai rencontré très peu de monde et me voilà obligé de fendre une foule compacte ! Il y a mieux comme fin de parcours mais bon, j’arrive enfin à l’office du tourisme où j’apprends avec plaisir que le départ du bus pour Nîmes se fait à 20 m. de là ! J’ai le temps de poser mon sac et me sortir mes dernières victuailles. La fin de la saucisse sèche acheté avant de partir, les deux dernières « Vache qui rit », le dernier quignon de pain complet acheté à Nîmes. Je me prépare mon petit sandwich lorsque j’entends un « Bon appétit !» qui m’est visiblement destiné. Je lève la tête, c’est le randonneur qui accompagnait le couple de Florac avec qui j’ai justement quitté Florac. Il est arrivé à Saint Jean la veille et s’apprête à prendre le même car que moi. Il n’a pas de monnaie. Le chauffeur ne veut pas de ses 20€. Le ticket est à 1.50€. Je lui prête 1€ qu’il me rendra à la gare de Nîmes… sauf qu’il oublie ! Peu importe, Dieu me le rendra au centuple le jour où il se décidera à exister !



Voilà, c’est terminé. C’est un circuit que je ne suis pas mécontent d’avoir fait mais cela me confirme que les paysages de montagne, de vraie montagne, n’ont pas d’équivalent ! Un plateau de montagne si possible avec son lac est un véritable paradis. Là, j’ai vu de belles choses mais… Il me semble que ce sont plus des lieux où il faut randonner à la journée, pour vraiment choisir le plus beau et ne pas s’encombrer de choses certes jolies mais somme toute assez moyennes.