La Grande Traversée des Alpes                (montagne)

Saint Gingolf 13/07/1993 - Nice 06/08/93                  




La GTA ou La Grande Traversée Animale. (Un récit de Maxisouris.) 

Pour les questions pratiques, au cas où vous souhaiteriez sauter le récit de Maxisouris, cliquez sur « pressé »

 

          C'est le Lundi que ça a commencé. Le sac à dos dans lequel j'étais cachée a été prestement arraché du placard à fourbi dans lequel je dors habituellement. Je n'ai eu que le temps de me cacher dans la poche du fond que déjà un duvet m'écrasait à moitié les oreilles. Du coup je n'ai rien vu et rien entendu de ce qui se passait. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a eu un trajet en voiture et puis un choc très violent. Quand j'ai réussi à jeter un oeil par la fermeture Eclair, je me trouvais dans un train. Dans le compartiment, des femmes dormaient déjà, bien installées, elles, dans leurs couchettes. Il était 1 H. 37 ce fameux Lundi 12 Juillet 1993. Le train quitta bientôt la gare de Béziers et je m'endormis. Je fus réveillée par un immense vol plané que mon moustachu fit faire à son sac et me retrouvai bientôt aux pieds de Paulo et de Jean-François qui, par hasard sans doute, se trouvaient dans le compartiment d'à côté. Sur le quai, un panneau : Bellegarde ; petit-déjeuner-buffet-frisquet ; enfin ! je vous passe les détails, les miettes de croissant et le sucre que je réussis non sans mal à subtiliser par terre. Le sucre ! Parlons-en ! ça a été un vrai roman ! Bref, nous verrons ça plus tard. Quand j'y pense... La honte de ma vie ! Passons ! Bientôt ce furent Evian, son marché de pauvres, son casino miteux, l'hôtel Calamiteux Royal sans parler des grands et gros Suisses (que je préfère petits !) et de leurs voitures minables et poussiéreuses qui manquèrent même nous écraser avant que nous puissions prendre un bus qui, sans soucis, s'enfonça le long du lac Léman vers la frontière suisse enfin, je veux dire à St Gingolf. A l'époque, je ne savais pas encore combien mon placard était confortable, combien mon séjour dans ce sac à dos allait être éprouvant ! Paradoxalement, celui qui, sans le savoir, m'a portée, a l'air d'avoir bien apprécié lui ! Bon d'accord j'ai pris l'air, je suis allée très très très très haut comme jamais une souris n'a été ( je dois dire que ça, je l'ai déjà raconté aux copines du placard à fourbi car j'en suis assez fière !) mais quand même ! Figurez-vous que j'ai fait 400 km de sac à dos, pendant que le moustachu et les autres faisaient, je le sais j'ai compté, 1.466.667 pas ; pendant qu'ils consommaient 18 saucissons, 27 sachets de soupe, 12 paquets de biscuits, 2.354 Bolino, 550 litres d'eau, 8 hecto de vin, 1.200 litres de bières, 10 litres de cognac, 87 pains et demi (l'autre moitié je l'ai cachée au fond du sac au cas où on serait bloqués par la neige, le froid, l'aquilon, le chergui et les jolies souris dans les refuges !). Tout ça, évidemment, je ne le savais pas encore quand on est partis doucement de St Gingolf pour La Planche via Novel, où là, notre roman, notre histoire extraordinaire put commencer après cet échauffement d'à peine plus de deux heures!

                                                                                                                                                                                                    Départ de St Gingolf

          D'abord, ce premier soir, Mardi 13 Juillet, le moustachu avait déposé son sac assez loin du feu qu'ils avait fait, et ensuite, il ne l'a pas rentré sous la tente ! Eux, tranquilles ! D'abord près du feu puis après dans leurs duvets, et moi dehors ! Là, j'ai réalisé que tout ne serait pas rose pour moi. Sans rire, j'ai compris ma douleur ! Jamais je n'ai eu aussi froid. Ça m'a prise par surprise, et je ne vous parle pas du matin, c'était pire ! J'ai dû m'évanouir au moins trois fois avant de prendre - et boum !- le duvet sur les oreilles gelées ! J'ai mis plus de deux heures à pouvoir sortir la tête ! Eux, peinards, après le café, ils sont montés vers le col de Bise (1915 m.) en se marrant : "Dire qu'il y en a qui défilent sur les Champs-Elysées ! Ha Ha Ha !"  "Ah , nos premiers rhododendrons ! " " Tiens des bouvreuils pivoines ! " Et là, des merles à plastron !" Moi ? Rien vu de tout ça ! J'ai juste entendu un gars qui leur disait :" Ah bon, vous n'en êtes qu'au deuxième jour ? Le plus dur c'est la troisième semaine, quand les chaussures s'éventrent, quand les mollets ne sont plus que deux énormes et douloureuses boules pendues sous des cuisses bouffies et épuisées, que vous avez le dos cassé, les épaules et les pieds en sang ! " J'avais réussi à me réchauffer un peu ; ça m'a glacée d'effroi ! "

Les 3 collègues eux n'ont pas bronché. " Allez, bon courage ! " a terminé ce vieux corbeau. Alors les trois fadas sont redescendus vers le refuge-bière-sandwich de la Bosse, tremplin vers le Pas du même nom et la Chapelle d'Abondance (1000 m). Olivier et sa compagne, "Les amis des routards", nous ont offert le kir et le morceau de champ dont nous avions besoin. Pas la peine d'aller chercher le camping - 5 km - prévu! Cela eut l'air de leur plaire ! Alanguis parmi les grives litornes, le petit chevreuil aveugle, les rayons du soleil et quelques gouttes de pluie, tout le monde avait l'air de bien se porter malgré un accident mortel pour une des tongues de Vincent lorsque arriva un jeune cow-boy et une meute d'ados Anglais qui abandonnèrent au lendemain leur vaisselle sale.

 Je croyais être tranquille pour aller nettoyer leurs assiettes à la faveur de la nuit mais je n'étais pas dehors depuis deux minutes que « l'orage a fait tomber sur moi toute la pluie du ciel » C'est évidemment  trempée que j'ai fini la nuit, et, lorsque Vincent, Jean-François & Paul ont fini vers 9 H.00 de plier leurs affaires, ça m'a plutôt fait plaisir (et hop, gare aux oreilles, bien au chaud dans le duvet !). J'ai eu un moment d'inquiétude dans la montée, humide et pourtant sans beaucoup d'eau, vers un col dont le nom est parti dans les nuages de ma mémoire, après cette ferme mystérieusement isolée, lorsque j'ai vu les jeunes Anglais qui nous poursuivaient, mais ils nous ont dépassés sans rien nous dire au sujet de leur vaisselle. A la descente, un rapide contact avec une indigène et sa fille nous a mis sur la bonne route mais, quelques temps plus tard, près d'une ruine perdue dans les herbes, mes transporteurs (ah oui, il faut vous dire que, bénéficiant d'une pause, j'avais changé de sac, parce que Vincent avait fini par recouvrir en permanence le sien d'une sorte de poche plastique. Du coup je ne voyais presque plus rien. J'avais donc rejoint celui de J.F., spacieux, confortable, où la nourriture abondante me comblait d'aise !)… Mes transporteurs donc, se perdirent ! Oui ! Un couple de suisses allemands les épiait, ne sachant, eux non plus, quelle direction prendre ! Je rigolais doucement lorsque enfin, une voix me hurla dans les oreilles " rouge et blanc, ici !" J.F. avait trouvé les marques magiques ! Vincent le rejoignit suivi de la petite troupe. J'en profitai pour regagner mon sac d'origine ayant assouvi ma petite faim. Bien mal m'en prit puisque mon étourdi de porteur ne vit pas une rolling stone vicieuse qui le fit chuter, à deux pas d'un ruisseau. Il ne se rattrapa qu'au dernier moment, sa main gauche s'aplatissant dans une magnifique bouse fraîche comme je n'en avais jamais vu. Morte de rire j'étais! Tellement que j'ai même failli me faire repérer. Ça m'a duré jusqu'au refuge de Plaine Dranse (1650 m.) qu'on a atteint en fin d'après-midi après 7 h. de marche et un chassé-croisé avec notre couple de suisses. Le moustachu, le mien, était crevé, il avait même des boules qui avait poussé aux épaules, sans doute pour mieux coincer son sac ! Sans dévoiler les confidences qu'il faisait chaque soir à sa gourde, j'ai quand même cru comprendre qu'il était complètement raide le grand blond : dos en compote et jambe en papier mâché, et allez, bon appétit ! D'autant que juste avant le repas, avec un ciel si gris, une chèvre s'est pendue et Jef a même dû aller la décrocher ! Ses patrons ont dû être contents. Le piège qu'ils lui avaient tendu avait marché. 'Faut dire que c'était pas très compliqué : vous prenez un rocher de 3 m. de haut, bien pentu, vous y plantez un piquet avec une corde de 1,5 m et vous y attachez une chèvre. Si elle tombe, c'est que le piège a fonctionné ! Pigé ? Ça vaut toutes les tapettes que les humains ont inventé jusqu'à présent non ? Nuls ces gens. Ceci dit, je suis assez fière d'avoir été la seule à pouvoir rester dans leur restaurant. Les autres ? Paulo, Jef et Vincent ? Dehors ! Pas le droit de pique-niquer à l'intérieur ! Moi, j'avais réussi à me faufiler dans les cuisines si bien que pendant qu'ils grignotaient leur pâté sur une petite plate-forme en béton, moi, je me régalais enfin de fromage premier choix spécial raclette. Peut-être qu'ils s'en sont aperçus en cuisine parce qu'ils ont fait payer un supplément de 1 F. à mes porteurs sans même leur dire pourquoi ! Morte de rire encore une fois… et le ventre gonflé à bloc. Plus tard, malgré les ronfleurs du dortoir je me suis réveillée juste à temps pour sauter dans une nouvelle cachette, une poche sur le côté.

Ils s'apprêtaient à partir lorsque… « L'orage a refait tomber toute la pluie du ciel » La Suisse s'annonçait bien ! "Pluie du matin chagrin ! » « Mais non voyons ! Pluie du matin n'arrête pas le pèlerin ! » « Peut-être mais pluie du matin, bon bain ! » Les commentaires allaient bon train tandis que de temps à autre la grêle tombait. Sur un joli plateau herbeux, avant le col Chesery (2025 m.) on tomba nez à nez avec le campement des Anglais qui s'éveillaient. Ils devaient encore être à ma poursuite après cette histoire de vaisselle. Je me suis fait toute petite, heureuse de savoir que la frontière n'était qu'à quelques centaines de mètres. Le Lac Vert au dessus duquel on s'éleva était noir mais ça ne m'étonne pas des humains et encore moins des Suisses chez qui nous allâmes casser une graine. Moi, je me sentais encore un peu ballonnée mais j'aurais bien goûté au chocolat, eh bien non ! En deux secondes ils avaient tout fini les vandales ! Ce fut pareil le midi, au col de Coux. Je ne pouvais pas sortir du sac sans me faire repérer et le soleil tapait tellement que mes trois égoïstes s'abritèrent à l'ombre d'une baraque en me laissant cuire, à proximité des Anglais qui s'étaient arrêtés eux aussi, voulant sans doute me coincer juste sur la frontière :" Goujats, vauriens !" Dans la montée vers le petit Col de la Glose, je me nourrissais de rancœur lorsque je réalisai avec effroi que le récipient contre lequel je me tenais n'était rien d'autre qu'un réchaud à gaz ! J'étais enfermée dans un sac obscur avec une véritable bombe. Et pas moyen de me sauver, il n'y eut pratiquement aucune halte, ni pour écouter grincer les grasses marmottes de la combe ni pour écourter la longue, longue, longue, interminablement longue descente vers Samoëns qui n'en finissait pas. Un moment, j'ai cru être arrivée ! Tu parles ! Il y en avait encore pour cinq kilomètres de goudron, brûlant, chauffant même la poche de mon sac… et ils défilaient tous les trois comme des flèches, passant sans ralentir d'impressionnants torrents, demandant, presque en courant, leur chemin, comme des ânes sentant enfin l'écurie. Ah ça ! A voir leur tête quand ils se sont affalés au camping du Giffre complètement zhébétés, j'ai bien rigolé. "Ça leur apprendra à se prendre pour des bêtes !

Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais ils sont tout de suite repartis pour aller faire des courses à plus de deux km du camping ! Et non contents de ça, ils sont allés le soir "en ville" et re deux kilomètres pour aller manger un énorme plat de spaghettis bolognaises ! "Tiens tu as vu dans le restaurant en face, celui dont la terrasse ne va pas tarder à s'écrouler, il y a nos Suisses !"

  Moi pendant ce temps là, j'avais d'abord vu les Anglais arriver, suivis d'une fourgonnette PLEINE de nourriture. Eh OUI ! Obligés de se ravitailler tellement j’avais entamé leurs provisions… Enfin, c’est ce qu’une copine m’a dit ! C’est vrai que j’en avais mangé ! Ben oui quoi, à côté des assiettes sales, il y avait aussi quelques petits paquets de biscuits ! Alors moi, ben vous me connaissez maintenant… Je ne peux pas résister…

Enfin bref, j'étais tellement pas rassurée que je me suis réfugiée chez le jeune cow-boy de la veille qui avait atterri près de chez nous en compagnie de ce que je pris d'abord pour une mule à deux pieds et qui se révéla être une jeune fille de rencontre courbée sous sa tente-trois-personnes-auvent- percolateur-et-télévision incorporés. Comment ? Je confonds ? Euh... peut-être oui, avec les autres tentes installées à côté alors !

 Pour ces  2 journées des 17 & 18Juillet, je vais citer de mémoire les quelques pages que, je dois le dire, j'ai grignotées dans le carnet de notes du moustachu. Son style ne vaut pas le mien mais je pense qu'il m'en saura gré et n'achètera pas cette tapette qu'il m'a promise.

           « Nuit difficile auprès du Giffre qui déboule bruyamment. Impression de dormir sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute un 17 Juillet. Ce matin, réveil pénible mais nous reprenons le bâton de pèlerin. La sortie de Samoëns est presque aussi longue que l'entrée. Le GR 5 se cache mais dès que nous le retrouvons, il nous éloigne en forêt, nous perd dans des gorges, nous fait grimper par des  échelles rouillées le long de petites parois qui ne sont pas sans rappeler certaines gorges du Caroux. Un peu de goudron et c'est reparti en coupant les lacets (à propos il faut que j'en achète une paire de rechange) qui mènent les touristes véhiculés au pied de la cascade de Rouget. Nous retrouvons nos Anglais au début de la raide montée du collet d'Anterne. La Pleureuse et la Sauffa projettent leurs blanches gerbes sur les cailloux sous les spots du soleil qui cogne. C'est bien beau tout ça mais il faut avancer, et ça monte, ça monte même très dur, tellement dur que ça restera longtemps le souvenir le plus essoufflé de la traversée mais ça vaut le coup d'arriver sur le plateau. Il n'y fait plus aussi chaud qu'à la montée et des cumulus tout gris cavalent à l'horizon. Le refuge d'Anterne est plein et cher. La dernière montée vers le lac et le col d'Anterne est vite avalée, pieds dans la neige sale à 2252 m. et malgré la pluie-presque-la-neige, le paysage, comme tous les plateaux à lacs est superbe "grandiose, inoubliable" disaient sans bien sûr exagérer les guides hier au soir à Samoëns ! Quelques niverolles nous accompagnent. Des chocards impassibles nous font écouter le frou-frou du vent dans leurs ailes. Un peu plus bas, le refuge de Moede d'Anterne (2002 m.) nous attend. La pluie redouble de violence, nous de vitesse. Jef n'y voit plus rien derrière la buée de ses carreaux qu'il enlève et CRAC‑BOUM par terre ! Moins drôle que la main dans la bouse ! C'est presque en courant que j'arrive au refuge où des dizaines de randonneurs ont trouvé abri. La montée au dortoir est délicate mais on y arrive. Un verre, un sandwich plus tard, le refuge s'est vidé, le ciel aussi et Paulo nous apprend la géographie locale : l'Aiguille du Midi, l'Aiguille Verte, le Montblanc du Tacul, le Mont Maudit et là haut, dans les nuages, le Mont‑Blanc ! Crevés mais heureux après ces presque 1800 m. de grimpette en 8 h., nous assistons à l'arrivée des Anglais qui vont planter leurs  tentes quelques mètres plus bas. Le repas est convivial et la nuit calme malgré la présence de petits monstres. » 

 « 18 Juillet, petit déjeuner tranquille…

(Alors là permettez-moi d'intervenir parce que le petit déjeuner ne fut pas, mais alors là, pas tranquille du tout ! Pensez que d'une part j'ai failli me faire découvrir mais surtout que j'ai failli mourir asphyxiée. Siiiii ! Je vous jure ! Je vous ai déjà dit que j'avais trouvé refuge près d'une véritable bombe : le réchaud à gaz de mon moustachu. Eh bien figurez-vous qu'à un moment, j'étais tellement coincée dans ma poche que j'ai absolument dû bouger et là, catastrophe, le robinet du réchaud s'est ouvert ! J'avais les narines juste dessus et l'autre crétin qui n'arrêtait pas de dire "Tiens ! Ça sent le gaz !" J'étais au bord de l'évanouissement fatal quand je les ai même entendu demander aux gens si personne n'avait un réchaud mal fermé ! J'ai perdu connaissance et c'est ce qui m'a sauvée puisque j'ai glissé au fond de la poche au moment où cet étourdi de moustachu a enfin réalisé que c'était son propre bleuet qui fuyait. Pfff, C'est bête les hommes non ? En tous cas, moi, j'ai jamais eu aussi peur de ma vie !)

… petit déjeuner tranquille.  Disais-je, avant le départ vers le fond de la vallée puisque avant de monter, il nous faut, n'est-ce-pas Paulo, descendre au Pont de l'Averne, abandonner nos Anglais à leur descente sur Chamonix, observer un sanglier, passer sur l'autre versant et facilement gagner le col puis le sommet du Brévent (2526 m.) Les névés sont nombreux, épais mais disparaissent vite dès que l'on vire sur le versant Nord où une descente vertigineuse nous conduira légèrement las (!) ou même claudiquant, jusqu'à la gare des Houches où un train pour le Fayet nous attend.

Quelle organisation Paulo, on te pardonnera ton oubli de dénivelée. Et je ne vous parle pas de l'averse, que dis-je, du déluge, programmé pendant que, bien abrités dans un car, nous traversons les Contamines Montjoie et gagnons le luxueux camping du Pontet. Accueil royal, machines à laver à disposition ! C'est qu'il faut être propre pour accueillir les nouvelles et les nouveaux qui doivent arriver demain !

Ça c'est la bonne nouvelle ! La mauvaise c'est que Ferré, Léo, est mort depuis 4 jours et que la météo-vieux- corbeau veut nous le faire savoir : elle nous en promet des tonnes et tout de suite ! Depuis quatre jours, le Moustachu se lisse la moustache en ricanant bizarrement… Bizarre ! Ajoutons à ça que Jef s'est fait refiler un verre de Château-la-Pompe au prix du Vittel et la journée sera complètement mouillée !.(Ce qu'il oublie de dire, c'est que c'est ce jour là qu'ils m'ont fait le plus honte. A cause du sucre. D'abord, au camping, ils ont agressé une pauvre étrangère qui ne demandait qu'un peu de place pour faire sa vaisselle. "Vous n'auriez pas du sucre à nous donner par hasard ?" Après, ils sont carrément allés en mendier dans une caravane ! Vous imaginez ? Cramoisie de honte j'étais moi !).Pas plus gai le repos du lendemain sauf quand arrivent Mireille, Flo, Nicole, Jean et Vincent ! Ma nouvelle tente, que Mireille apportait dans ses bagages, reçoit son baptême du feu sans pour autant nous faire prendre de douche ! »

Départ du camping du Pontet         

          Ben manquerait plus que ça que j'aie pris un bain, bien installée que j'étais dans mon spacieux sac vidé chaque soir mais, malheureusement rempli (et BOUM sur les oreilles et BOUM sur le pif !) chaque matin. Ce matin du 20/07, en plus, il pleuvait. Oh pas de la grosse pluie qui mouille vraiment mais le genre de crachin qu'on s'attend à voir tomber toute la journée. Et ben vous me croirez si vous voulez, mais ils sont partis quand même ! Sans même se demander si les nouveaux (enfin, surtout les nouvelles) allaient apprécier. En plus il a fallu monter, et tout de suite en plus. D'abord grimper dans la forêt. Là je me souviens, il faisait sombre… mais sombre… ! Le nouveau qui s'appelle Jean m'a même fait peur quand il a parlé de "tristes forêts wagnériennes ". Heureusement on a débouché sur un beau plateau avec un torrent qu'il a fallu traverser, et moi j'aime bien sauter comme ça, j'ai l'impression de voler. Là ça faisait au moins 3 ou 4 mètres de large… enfin, c'est ce que j'ai dit aux copines du placard à fourbi ! Ça faisait peut-être moins ! Bref tout le monde a fini par arriver au col du Bonhomme, se rassasier quelque peu avant de poursuivre vers le col et le refuge de la Croix du Bonhomme où il faisait bien chaud à l'intérieur mais encore une fois, le moustachu a laissé son sac dehors. Au début c'était bien, il a même fait sécher sa tente sous le soleil et moi j'essayais de bronzer un peu mais tout à coup ça a mal tourné. Il avait laissé la poche ouverte et quand la neige a commencé à tomber j'ai cru geler sur place. Ah ça, il a pensé à ramasser sa tente ! Mais moi ? Rien ! Il a fallu que je me faufile discrètement à l'intérieur du sac où je déteste aller à cause des chaussettes sales. Après, quand ils sont repartis, je crois que chaque fille était suivie par un garçon, parce que l'allure s'est ralentie, mais à part ça, je n'ai rien vu de la crête des Gittes. Ceci dit je crois que eux non plus « à cause du brouillard » qu’il dit… Tu parles! A 2538 m. c'est plus du brouillard, c'est de la crème chantilly ! C'est pour ça qu'ils n'arrêtaient pas de glisser.

           Le lendemain, 21/07, ça a été pire. Ils sont partis tôt du refuge du Plan de la Laie(1815m) mais ils se traînaient. Ils n'arrêtaient pas de dire que c'était à cause de la pluie et de la boue mais moi je crois que c'était plutôt à cause de la polenta et des diots de la veille. Vous savez bien, les diots, ces saucisses vinaigrées et presque crues que j'oserais même pas offrir à mon rat préféré. Bon d'accord, c'est vrai, ils étaient encore en pleine chantilly. Même qu'en ouvrant tout grand mes petits yeux, je n'ai pas réussi à voir le fameux lac de Roseland dont il n'arrêtaient pas de parler. En fait, j'ai compris plus tard : ils le cherchaient ce lac, mais ils ne l’ont jamais vu ! A cause du brouillard ! Ou de la Chantilly !

Après, moi, j'ai failli me noyer quand mon porteur (je ne me souviens plus du sac que j'avais choisi ce jour-là) a ouvert la poche où je me trouvais pour prendre quelque chose à manger. Ah si je me rappelle, c'était Jef, l'autre moustachu, celui qui mange tout le temps; je l'aime bien celui-là, il y avait toujours quelque chose à manger dans son sac. Enfin bref, je m'égare, mais eux aussi à un moment ils se sont perdus !

C'était avant le funeste col de Bresson, neigeux, caillouteux, pointant difficilement ses 2530 m. sous la grisaille, au milieu d'éclaircies crachineuses, le col Bresson où, en raison de quelques opérations de sauvetage et de portage de sac à dos, je me retrouvai la tête à moitié écrasée sous le sac de Mireille. Celui-là se trouva en effet pendant un moment SUR celui de Jef pendant au moins 1/2 heure, jusqu'à la descente assez rapide vers le refuge de [illisible] dont la bonne flambée me sortit de mon engourdissement humide.

Là, j'ai cru qu'on était arrivés, alors j'ai changé de sac, je suis remonté avec Vincent M. parce que j'avais vu que celui-ci mettait quelques Grany dans la poche que j'aime bien. Arrivés ? Tu parles ! Il est reparti comme un obus avec Jean et ils ont déboulé toute la vallée à 2.000 à l'heure. Ils se sont encore à moitié perdus en traversant l'Isère et ils ont  fini par arriver à Landry chez l'épicière-bouchère-patronne-du-camping-et-infatigable-bavarde : "Mon camping est complet mais je vous ai réservé un endroit dans un camping à la ferme !" A la ferme ! Vous vous rendez compte ? Il y a toujours des chats dans une ferme ! Eux ils n'avaient pas l'air mécontent. Ils ont attendu un peu, et se sont engouffrés avec Vincent Chapal dans le camion frigorifique du boucher.

  Nicole, Mireille et Flo ? Les retardataires ? Disons qu'elles ont fini légèrement derrière Paulo et Jef, soulagées de leurs sacs et l'air reposé de trois fêtardes qui rentreraient chez elles à l'aube après onze heures de marche!

 Du coup le lendemain, elles firent grève, toutes les trois, alors qu'on rentrait dans le Parc de la Vanoise. Si j'avais su d'ailleurs, je les aurais suivies ! Il paraît qu'après avoir fait Landry - Bourg St Maurice en train, elles ont carrément pris un taxi où un charmant monsieur les a amenées jusqu'à Tignes en Musique-Espace. 

 Pendant ce temps, mes cinq porteurs favoris entraient, ce 22/07/93 dans la légende et dans la Vanoise et gagnaient facilement le refuge du Palet après une allègre montée quasi reposante de près de 1900 m. Le grand plateau était joli. J'ai bien aimé, surtout le panneau qui interdisait les chiens même en laisse. 'Faut vous dire que pour moi, chiens et chats c'est tout comme ! Mais vous ne pouvez pas comprendre !

Au col, tout là haut à 2.652 m. tout le monde s'extasiait devant les lacs, les névés, le brouillard et les cris des marmottes, vous savez, ces espèces d'énormes cousines à qui les hommes fichent une paix royale! Ils vont même les photographier alors qu'ils grimpent sur une chaise dès qu'il voient le moindre bout de notre queue. C'est bêtes les hommes vous trouvez pas ? D'ailleurs y'a qu'à voir ce qu'ils ont construit de l'autre côté de ce col : une ville, Tignes, laide, mais laide, et propre avec ça ! Même pas moyen de trouver des copains et des copines à farfouiller dans les détritus ! Eux, je ne sais pas quelle mouche les a piqués, ils s'y sont précipités en courant mais, heureusement, ils sont vite repartis là où les filles avaient monté les tentes, au camping sous le barrage décoré. Le lendemain, j'ai pas tout compris. D'abord, ils se sont levés à 5 h.30 pour prendre un bus gratuit à 7 h.45. Résultat, tout endormis, ils ont attendu trois quart d'heure dans un café où ils ont volé au moins deux tonnes de sucre au pauvre garçon qui remplissait son sucrier sans rien comprendre ! Cramoisie j'étais, encore une fois ! Après, ils sont retourné à Tignes, Val Claret exactement, et là, j'ai cru atterrir dans un film de science-fiction. Des sortes de martiens, bizarrement habillés, portant des bâtons et des planches, claudiquaient gauchement vers un grand bâtiment dans lequel ils s'engouffraient tous sans en ressortir. J'ai cru comprendre qu'ils allaient se livrer à quelque dure besogne inavouable, souterraine. C'est sans doute pour cela qu'ils n'osaient même pas dire bonjour !

Tignes pas très digne

Mes marcheurs, eux ont repris leur allure de yo-yo, un coup en haut, col de la Leisse 2698 m.(point culminant de cette Grande Traversée Arrosée), un coup en bas, refuge d'Entre Deux Eaux, 2.420 m. Moi, pour la première fois, je pouvais tout voir, et c'était drôlement joli, avec des lacs et tout, et en plus il a fait soleil toute la journée. On a mis 6H.30 et je n'étais pas trop fatiguée. Mireille, a juste perdu un peu de temps à observer sa première marmotte à la jumelle. Elle a même trouvé ces gros tas "mignons " ! Ah ! Elle ne disait pas la même chose en arrivant au refuge quand, avec Flo, elles se sont retrouvées face à un troupeau de vaches qui chargeait ! Elles avaient presque la même tête que Paulo à chaque fois qu'on en croisait sur le chemin. Bonjour les détours ! Pour un peu on aurait dit qu'il s'était converti à l'Hindouisme. Ah sacrées vaches, je serais bien restée avec elles !

Le soir, pendant que les marcheurs dînaient avec un groupe d'handicapés, je les ai rejointes dans l'étable. Qu'est-ce qu'on s'est marrées. On a pas arrêté de dire du mal des humains toute la nuit. Du coup, le lendemain, j'ai dormi.

 « 24 Juillet. Les glaciers scintillent, les marmottes jouent. Des escadrilles de chocards patrouillent, acrobatiques. Quelques linottes mélodieuses nous accompagnent un moment … 
Je me suis réveillée à un moment parce que j'ai entendu un cri. Et puis tout de suite BADABOUM ! Mon moustachu a balancé son sac dans la neige et s'est précipité au secours de Mireille qui n'arrivait pas à passer un tout petit pont au-dessus d'un torrent. Pouh la trouillarde ! Moi je suis sûre que si j'avais été réveillée j'aurais pas eu peur !
…Et nous arrivons au refuge de l'Arpont que nous dépassons pour aller manger plus bas, sur le sentier, en plein soleil. Le refuge de Plan Sec est encore loin, si bien que nous décidons de redescendre dans la vallée, à Termignon où un tournoi de foot et quelques bruants jaunes nous accueillent après 8 h. de marche et une descente dont les genoux se souviennent. Après toutes ces aventures, un restau s'impose pour dire au revoir à Vincent Chabal. » 

 Alors moi, encore une fois, le lendemain, 25 Juillet, j'ai rien compris. D'abord, il pleuvait. Après, ils ont pris le car pour aller à Modane, ensuite ils se tous réfugiés dans la gare. Là, Vincent C. a pris son billet. Ça, ça va, c'était prévu, mais même que Mireille aussi a pris un car elle. Hop, disparue l'armoire à glace qui bouchait la vue de ceux qui marchaient derrière elle. Dommage ! Je la connais bien, je la trouve même plutôt sympa alors j'évite de lui faire peur. Enfin bref, je m'égare (de Modane) encore et je perds du temps. D'autant qu'il nous en a fallu pour arriver à 2640 m au col du Thabor. D'abord ça a monté très fort, j'étais crevée rien de voir les deux chaussures qui montaient, la droite, la gauche, la droite, la gauche ! Soûlantes elles étaient ! Un moment, j'ai sauté dans un sac bleu qui passait. C'était une fille, pas très grande mais sympa ! On a un peu parlé tous les deux, elle m'a dit qu'elle était partie de St Gingolf et faisait aussi la G.T.A. Quand j'ai vu qu'elle était toute seule, je me suis dit qu'elle n'arriverait jamais à me nourrir alors j'ai profité d'un moment où Jef passait pour ressauter dans son sac. Et là, je crois que j'ai fait une erreur. Figurez-vous qu'ils ont dormi à la Tavernette. Moi quand j'ai entendu ce nom, je me suis dit qu'il y aurait une petite auberge ou quelque chose du genre. Tu parles, la pleine montagne, à 2.200 m.! Bon d'accord, il n’a pas plu mais le froid ! Pétard, le froid qu'il faisait ! Eux, dans des rochers, ils ont allumé un feu qui chauffait rien du tout, à part eux peut‑être ! Paulo a failli s'asphyxier. Il disait rien depuis un moment. Moi je croyais qu'il était fatigué. Tu parles ! Il avalait la fumée du feu depuis le début sans pouvoir la recracher ! Enfin, heureusement ils sont allés se coucher tôt et sous les tentes, il faisait presque bon et en plus il y avait de la place.                     

 Florence, pleine d'entrain, bien réveillée dès le matin

Le matin du 26, quand je me suis réveillée, il faisait plutôt vivifiant. Le vent était gelé. Mes porteurs ont dû capeler les cirés et je me suis bien marrée en les voyant plier leurs tentes. On aurait dit des marins changeant de voile en pleine tempête. Un moment j'ai même cru que Jef allait s'envoler ! La petite bleue est repassée ainsi que deux paires de "chaussettes rouges" qui m'ont bien fait marrer quand on les a revus le midi au refuge de la Vallée étroite. Surtout un, il n'a pas arrêté de gueuler, contre tout : contre les randonneurs, les chaussettes sales, la bière de Paulo, les refuges. Y'avait que sa polenta et son verre de vin blanc qui semblaient l'amadouer ! Ce qui m'a fait le plus rigoler c'est quand Jean a décrété que ça devait sûrement être un prof.! Tiens ben Jean, justement, parlons-en. Après la montée au col des Thures (2.640 m.), nous sommes redescendus tous ensemble sur Névache mais là, il a disparu lui aussi ! Parti, envolé ! Et la série ne s'arrêta pas là puisque le lendemain, Florence est allée faire une séance de photos chez un toubib (encore une fois j'ai rien compris !) et en regardant les clichés, d'après moi un peu sous exposés et surtout absolument pas ressemblants, elle nous a annoncé qu'elle nous quittait. Elle avait l'air en colère. J'ai pas tout saisi de ce qu'elle a dit : "1- facture 2- fatigue ! " Bref, le résultat c'est que moi je n'ai plus eu le choix qu'entre 4 sacs à dos quand ils sont repartis de Monestier jusqu'à Villard Saint Pancrace, dans l'automobile, s'il vous plaît, de Lionel.

 Remarquez, je comprends qu'ils aient fait un peu de voiture parce que après, il leur a fallu plus de 9 heures avant d'arriver au bout de la journée au bout du camping de l'Isle. D'abord ils sont montés au col des Mouches appelé aussi col des Ayes. Là, Paulo, affamé en a même croqué une! (une mouche, pour ceux qui ne suivent pas !) ensuite, ils ont doublé deux fadas lambins qui leur ont affirmé qu'ils seraient à Nice quatre jours après. C'est bêtes les hommes. J'en ai eu une autre preuve un peu plus tard quand on est arrivés au dessus du Pré-aux-Vaches, avant Brunissard. D'accord c'était beau, tout vert, tout plat mais en fait, il n'y avait pas une seule vache ! C'est bête hein ? Mais bon, je m'éparpille, je sens qu'il y en a qui vont se perdre comme dirait Ubu. Donc, et hop un coup de yo-yo vers le haut, au Lac de Roue, tranquille, où même les enfants en colo avaient l'air de s'éclater, et hop un coup dans la forêt où, près d'un lac je m'étais endormie, quand soudain surgissant de nulle part surgit un pic noir…

Si vous saviez ce que je m'en suis pris dans les oreilles de ces mélodies inventées au rythme lancinant, toujours le même, des chaussures qui se dandinent. Ah ils pouvaient se moquer des bidasses sur les Champs, et Lisez… ! Si au moins ils avaient pu se la jouer jazz ! Enfin, excusez moi, il faut que j'y aille.

Et hop, un coup vers le bas Château‑Queyras ! Là je vous passe le camping, les kilomètres séparant Paulo & Jef d'un côté, Nicole et Vincent de l'autre, le couple d'"Irlandais" qu'on retrouvera plus tard et qu'on avait d'ailleurs vu pendant la montée au-dessus d'Arvieux… mais si, vous savez bien, juste avant le Lac de Roue ! Je ne retiendrai des conversations ambiantes que le désormais fameux " Eh bien ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on a trouvé la douche idéale ! " claironné de concert par Jef et Vincent, le mien, celui que j'habite chez ! Faut dire que c'est pas vraiment faux ce qu'ils disent. A chaque fois que j'ai la malchance de me trouver dans une trousse de toilette quand les uns ou les autres partent à la douche, j'ai les pattes trempées, sys-té-ma-ti-que-ment ! Non mais c'est vrai quoi, faudrait peut-être faire quelque chose pour les souris sous la douche ! (Non Rambo, je ne pensais pas à toi ! Juste à un bon architecte !) Encore une fois je me perdis dans mes pensées hautes et pas philosophiques que ça et faillis rater le départ, le 29 Juillet vers Ceillac et le lac Ste Anne. Là franchement, ça m'aurait fait quelque chose de rater ça. 

Le Lac Sainte Anne

 Moi je suis montée avec le moustachu Vincent. Qu'est-ce que j'ai ri ! D'abord, ils ont rencontré les Irlandais. T'aurais vu la tête de Vincent quand ils n'ont pas répondu à ses  « Lovely isn't it ? A nice cup of tea in such a place ! See you later ! . Bon ben, salut ! » Et puis plus loin, plus bas : « Irlandais mon oeil ! Islandais ou Hollandais peut-être mais sûrement pas Irlandais ! »  Je riais encore quand il a fallu qu'ils se déchaussent pour passer une rivière, j'ai même failli beaucoup rire mais ils ne sont pas tombés. Après ils ont monté 600 m. en une heure ! Il fallait le voir l'autre, presque immobilisé parfois tellement la montée était raide, suant, soufflant ! Une fois arrivé en haut, - enfin ce que je pris pour le haut - comme ça, pour avoir une idée, il a demandé à un pêcheur à quelle altitude ils étaient ? L'autre, à peine dérangé : "OOOhh ! Facilement 1.800 m. " Et mon moustachu, perdu dans ses pensées ! "Quoi ? Rien que ça ! Mais c'est pas possible !" Je vous assure, fallait voir ! Et Paulo qu'arrive un peu après ! " Ah les cons, ils interdisent le camping mais t'as vu les pylônes qu'ils ont installés ?!"  Trop ! C'était trop ! Ceci dit, c'était beau. Tranquille, peinardos, un petit lac (et pour ceux qui ne savent pas lire une carte, je précise qu'il s'agissait du Lac du Miroir à 2.200 m. !) de l'herbe (mais non pas à fumer, de l'herbe verte, du soft quoi. Pfff !) et devant nous, une petite montée de 200 m. vers le lac et la chapelle Ste Anne où enfin, j'ai pu me recueillir! J'ai bien failli en être empêchée par une enfant qui non contente d'avoir monté tout ça avec ses parents, s'est mise dans l'idée de courir partout ! Fallait voir la tête des autres, crevés après ces 1.800 m. de dénivelée, jaloux de cette enfant encore pleine d'énergie après tant d'efforts. Et je sais de quoi je parle ! Cette fois, le va-et-vient des chaussures avait bien failli me rendre malade ! Droite-gauche, droite-gauche, et le sac qui penchait, à droite-à gauche, et les marches et les descentes, un mal au cœur ! Heureusement, on a bien dormi et le lendemain on a pu grimper le Col Girardin 2.706 m., tout proche, sans même y penser. Bon d'accord, moi je dormais encore.

 "Levés tardivement, nous quittons le lac Ste Anne par le col Girardin, et c'est la grande descente vers Maljasset que nous laissons sur la gauche, accroché à son fond de vallée, puis le goudron, le goudron, encore le goudron, le Pont du Châtelet dressant ses pierres 90 m. au dessus de l'Ubaye et, au bout de seulement 7 h. le refuge luxueux de Fouillouse ! Etape la plus courte et la plus gastronomique. Il est vrai que nous avions mangé le midi sous la protection de St Antoine." Pff, il ferait presque croire qu'ils ont prié ! En fait, ils n'y ont pas pensé un seul instant. Pourtant quand un monsieur est arrivé pour leur proposer le pastis, ça tenait du miracle, d'autant qu'il était natif de la Clarée, comme Paulo qui est allé se désaltérer lui. Mais ce n'est pas le plus grave : au refuge, ils m'ont fait honte, mais honte ! D'abord, quand ils sont arrivés, ils ont couru pour doubler un homme et une femme et s'attabler les premiers devant un demi. Après, ils ont médit pendant au moins cinq minutes sur cet homme "C'est son père !" "Oh je ne sais pas !" et cette femme " Mais si, c'est sa fille" "Moi je crois plutôt qu'ils sont ensemble ! Tu sais de nos jours ! "  Enfin vous voyez le genre. Après, au restaurant parce qu'il y avait un vrai restaurant dans ce refuge, ça a été Jef avec ses cafés allongés, et puis Vincent avec son histoire de salade dont il ne voulut pas se séparer avant d'avoir le fromage.  Une honte, mais une honte ! Du coup je n'ai même pas touché au plateau et je suis partie me coucher, dans notre chambre. Ouiii ! On avait carrément NOTRE chambre ! Juste en partant, je les ai encore entendu dire du mal des deux "frères ennemis", les deux profs qui mangeaient à côté, en faisant mine de ne pas les avoir vus, pour ne pas avoir honte ! Quant aux "Irlandais" qui étaient là aussi, ils ont dû sûrement aussi en prendre pour leur grade !

Le lendemain matin, on devait être le 31 Juillet, mes quatre rigolos ont encore failli me faire crever de rire. Figurez-vous qu'après la "douce montée vallonnée" (sic!) vers le col Girardin 2.600 m., Jef et Vincent n'ont pas vu Paulo et Nicole qui avaient bifurqué sur le GR. Du coup, Jef est parti hors piste dans le creux de la vallée et nous deux, nous avons fait le tour à flanc, en dominant tout le paysage. Jef nous a rejoints, nous avons filé vers les ruines d'un fort militaire, et en haut. personne ! Pendant presque une heure, ils ont joué à "Je t'attends/tu m'attends ! " les uns en haut, les autres en bas ! Morte de rire ! C'est bête les hommes vous trouvez pas ? Enfin, Jef est redescendu les chercher et tout le monde est reparti vers le col de Mallemort (2558 m.) et Larche (1675 m.) où on est arrivés tout pimpants après moins de .5 h. et près de 1000 m. de descente. Un moment j'ai eu peur qu'on remette ça encore une heure ou deux pour soit disant "gagner du temps sur l'étape longue du lendemain !" (sic) Mon moustachu a failli gagner, mais finalement le patron a obtenu gain de cause. Moi, au début, j'étais d'accord avec lui, à cause du nom des camping : Les Marmottes ! Tu parles d'un nom ! Mais au bout d'un moment j'ai compris où ils voulaient aller. Imaginez qu'ils voulaient camper près d'un lac, près d'un terrier de marmottes ou peut-être même de renard ? Sans parler du froid ! Non ! Moi je préfère les campings. D'abord, mes porteurs sentent bon ! Pour peu qu'ils aient la bonne idée de laver leurs chaussettes, voyager avec eux devient presque un plaisir. Ils me font tellement rire, et puis on rencontre du monde. C'est vrai quoi ! La nuit je peux aller manger dans les poubelles ou chez les voisins. Tiens, ce soir-là j'ai dîné chez leurs "Irlandais". En fait, en parlant un peu, ils m'ont dit que cinq ans avant, ils avaient fait la Grosse Trans AmsterdamNice (Parce que bien sûr ils étaient Hollandais, je l'avais bien dit !) Ils m'ont dit aussi qu'ils faisaient seulement un bout de la Géante Tirée Alpestre à partir de Modane (enfin c'est ce que j'ai compris !). Excusez-moi de rentrer dans ces détails mais vous ne voudriez pas que j'adopte le style du moustachu :

          "1er Août : Des hauts et des bas,  des montées : vers la Pas de la Cavale (2660 m.) en passant par le petit Lac du Lauzanier; et des descentes abruptes, sur un grand plateau dégagé où nous perdons définitivement nos « Irlandais » ;  des remontées vers le col des Fourches (2261 m) ; des re-descentes : sur Bousieyas(1850m.) où nous nous engouffrons dans un hôtel aussi kitsch que son propriétaire, des re-remontées vers la tête de Vinaigre, le col de la Colombière (2.237 m.) et enfin la très surprenante et très longue descente de St Dalmas de Salvages (1.500 m.) "

  Cela vous donne pas mal au cœur ce style ? Je sais pas, moi j'aurais fini en disant qu'en lieu et place du camping annoncé, nous trouvâmes d'abord un coin d'herbe sur le boulodrome et sous le clocher puis, finalement un gîte inattendu et fort seyant où, malgré la présence de deux estrangers, nous dégustâmes les mets achetés chez les industrielles du coin, octogénaires, courbées et tremblotantes, (Qui a dit : deux vieilles souris ?) épicerie, tabac, hôtel, bar restaurant, et passâmes une nuit excellente et réparatrice pour Nicole qui dût peiner 11 h. pour terminer cette étape.  Vous ne trouvez pas que le style est quand même mieux non ? Et attendez, ce n'est pas fini : "2 Août : douce et facile remontée ‑quelle imagination ! Alors qu'il pourrait parler de progression, ascension, élévation, (Ah non pas ça !!)‑ au col d'Annelle (1.739 m.) dans la forêt où, à nouveau nous croisons des grives draines et des casse-noix mouchetés (des casse quoi ?.Pfff !) avant de tomber sur St Etienne de Tinée (1.161 m.). La remontée sur la chic station d'Auron (1.700 m.).(Je vous avais prévenus : aucun style ! et vous avez vu, jamais un mot du paysage ! Jamais une description d'une combe dodue, d'une arrête impressionnante, d'un accueillant et paisible plateau ! Ah marcher, pour ça il savent faire, mais la poésie, le style ? Rien !). la remontée sur Auron disais-je est d'abord goudronnée puis presque verticale sous un soleil de plomb (Ah ça c'est une métaphore originale !). Un excellent sandwich plus loin, nous entamons une lente ascension (Tiens, il suit mes conseils !) vers le col du Blainon (2.014 m.) suivie d'une non moins lente et longue redescente sur Roya (1.500 m.) où le gérant du gîte, la rage de dent au visage, nous installe dans son établissement désert. La succession de montées et de descentes (Merci, on n'avait pas remarqué !) casse un peu les jambes. La chaleur, la proximité du Grand Sud, avec ses lavandes, ses chants de crickets qui ressemblent de plus en plus aux cigales encore absentes fait son effet ! Tu parles ! Ce soir là, ils ne pouvaient pas cacher leur harassement. Une vieille dame les a croisés, toute fraîche dans ses 80 printemps et leur a carrément fichu le moral à zéro en leur balançant tout de go qu'ils avaient l'air bien fatigués. Eux qui croyaient faire illusion et jouer les vantards : "Non, non, nous ça va bien, on est prêts à repartir !" Allez au lit va ! Vantards !

                                                                                                                        C'est parfois renversant tellement c'est beau !!  

          Le 3 Août, à nouveau dans le Mercantour, j'ai cru comprendre que mon moustachu avait envie de solitude. Je l'ai donc laissé partir dans une de ces échappées solitaires qu'il affectionne et me suis réfugiée dans une poche du sac de Paulo où je l'avais cru voir glisser quelques biscuits. Nous avons donc commencé à remonter la vallée, étroite, boisée, torrentueuse à souhait jusqu'à une cabane où les chiens d'un berger nous ont sauvagement agressés alors que nous attendions Nicole, qui, carte en main, avait cru déceler qui sait, un raccourci peut-être quelque part bien loin du sentier. Plus de peur que de mal et pour Nicole et pour les chiens que nous avons laissés sur place en progressant vers une sorte de verrou qui bloquait le bout du vallon. Plus on s'approchait, plus je me demandais par où mes moustachus avaient bien pu passer. Pourtant, au fur et à mesure que les lacets se délaçaient, la solution apparaissait, bien camouflée derrière des niveaux successifs de rochers bouchant la vue. Et là, nous avons littéralement atterri dans une douce combe moelleuse où, malheureusement, même au large col Crousette (2480 m.) d'où je dominais, magnifiques et dénudées les vallées environnantes, nous ne vîmes ni n'entendîmes rien d'autre que les crac‑crac des traquets motteux alarmés. Mouflons, chamois, bouquetins persistaient dans leur invisibilité ! Alors, reprenant notre chemin, nous avons glissé jusqu'au col Molinier, sur ses petits plateaux dodus, formant comme autant de marches rondes d'un escalier de géant. (Vous avez vu le style ? C'est quand même mieux que les montées et les descentes du moustachu non ?). Après une pause ombragée près de Vignos, nous avons rapidement regagné les hauteurs du plateau de Langon, son refuge, mère et fille faisant le service, à peine effarouchées par la commande de Jean-François saisi d'une brutale envie de petit déjeuner à 15 h., à peine étonnées par les réflexions de Nicole constatant avec beaucoup d'à propos qu'il fallait sans doute être très minutieuse pour réaliser les petits ouvrages de perles que la jeune fille vendait !!

      Le Lac de Roue    

          Dans la désescalade qui suivit, un phénomène étrange se produisit. D'abord, il a fallu "tomber" plusieurs centaines de mètres de dénivelée sous un ciel de plus en plus noir. Puis, une fois rejointe la piste qui menait au but de l'étape, le tonnerre a commencé à faire claquer son canon. J'avais regagné le sac du moustachu qui filait bon train. A un moment, j'ai entendu des pas derrière nous. Je n'y ai pas pris garde, pensant qu'il s'agissait comme d'habitude de Jef qui allait nous doubler et s'échapper. C'est vrai qu'il le faisait plus fréquemment lors des montées. Du coup, je me suis discrètement retournée et là, quelle ne fut pas ma surprise de voir Nicole, l'air décidé, plus G.I. que jamais, le chapeau enfoncé encore plus profondément sur les oreilles, fonçant du plus qu'elle pouvait, voulant sans doute mettre le plus de distance possible entre elle et le tonnerre. Jamais je ne l'avais vu aller aussi vite. Les hommes en profitaient pour souhaiter entre eux plus d'orages encore pour l'avenir. Qu'est-ce c'est bête les hommes ! Bref, ils ne croyaient pas si bien dire puisque, à peine eurent-ils mis les pieds chez Martine-barmaid-épicière-égoutière à Roure (1096 m.), qu'un véritable déluge s'abattit, noyant le village de ses trombes d'eau .( Oh bravo ! ça c'est du style !  ça c'est original !). forçant même les hélicoptères à intervenir quelques kilomètres plus loin sur un incendie que la foudre avait allumé dans les résineux alentours. Très franchement, moi quand j'ai vu ça, j'ai tout de suite imaginé la nuit que j'allais passer, trempée peut-être, mes petites pattes gelées, grelottant de froid et de peur ! D'autant qu'ils avaient l'air de ne pas trouver le gîte qu'on leur avait promis. Heureusement, des indigènes croisés dans les venelles pentues (Et toc !), finirent par nous y conduire.

 Bientôt, tout le village fut au courant de notre arrivée même si bien sûr je n'avais pas commis l'imprudence de me montrer. Figurez-vous qu'en plus, j'avais appris que le lendemain, le boulanger de la ville devait venir faire le pain de la semaine dans le four communal. Vous imaginez où j'ai fini la nuit, papotant jusqu'à l'aube avec les copines qui m'avaient invitée à dîner de farine et croûtes de pain au four. Le lendemain, évidemment, j'ai dormi presque toute la journée.

 Les 500 m. de descente et non de montée comme le mentionne la carte pour aller nous faire une banque, en fait un hôtel arrangeant, à St Sauveur de Tinée, ces 500 m. donc sont suivis par une lente montée vers Rimplas, suberbe halte matinale, sandwichesque et bièreuse à souhait, pour mieux attaquer le goudron ardent de Valdeblore. Heureusement, une bienheureuse erreur de parcours nous fait grimper, après Valdeblore et sa sieste, au camping de St Dalmas (1459 m.)dans l'ombre d'une forêt propice au V.T.T. ou au ski de fond.

 
 
Un moment, j'ai entendu un drôle de bruit, grinçant, désagréable. J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une cigale. Plus tard, tous les quatre, les fesses plantées sur les minuscules petits cailloux pointus qui leur servaient de siège, ils en ont reparlé avec grand sérieux : "Si, si, c'en était une ! " " Elle a dû être postée ici en éclaireuse ! " "Ca promet, pour demain !" " Au fait, on fait quoi ? on continue ou on s'arrête ici ?" "Autant s'arrêter et partir à la fraîche demain, avec de l'eau et de la nourriture."… Dites, ça vous intéresse ? Moi j'ai des trucs bien plus passionnants à vous dire : vous savez quoi ? On a revu le type avec sa jeune fiancé. Ils campent à deux pas. Eh bien ce n'est pas son fiancé, c'est son père. Je le sais, j'étais dans la poche de Paul quand il a discuté avec elle en attendant le téléphone." "Ah ça c'est intéressant ! Ca c'est de l'info ! Alors que nous, nous nous apprêtions à nous lever à 5 h. pour monter, encore une fois grâce à une bienfaisante erreur, à Caire Gros en passant par Colmiane "naturellement !".
Et alors, vous l'aviez choisi non ? Non mais ! C'est que je me ferais engueuler moi ?.
"La forêt est claire, le col de Tournairet rapidement franchi, ainsi que les moelleux vallons menant au col du Fort (1942 m.) et c'est le début d'un parcours en crête, très sec. Les ruines et les baraquements militaires des Granges des Basques nous donnent l'occasion de refaire le plein d'eau mais il reste du chemin à faire et nous rêverons plus d'une fois d'un tonneau de bière en progressant vers Utelle sous le lazzis des cigales qui ont envahi notre horizon sonore !"

Je veux ! J'ai cru crever de soif moi. Même qu'à un moment, ils ont commencé à faire semblant d'être perdus en plein désert. C'était le comble. Surtout qu'on venait de passer le Brec d'Utelle, un rocher énorme dont le sommet aurait pu tenir dans un dé à coudre. A ce moment, je discutais avec Flo‑Flo, la marmotte de Nicole (A ce propos, elle n'apprécie pas du tout ses grasses homonymes aussi bruyantes que vivantes et ne se trouve d'ailleurs pas du tout ressemblante). Eh bien je vous assure qu'on a pas rigolé toutes les trois ! Boudiou, qu'est-ce que ça penchait ! Alors vous pensez si j'avais la gorge sèche. En plus, au-dessus de nous il y avait des grands corbeaux qui planaient doucement, poussant de temps à autres quelques cris nerveux, impatients qu'ils étaient de venir nous croquer les yeux. Moi, j'étais recroquevillée au fond de ma poche, trop desséchée même pour encore haleter. Il me semblait que jamais nous n'atteindrions notre but, lorsque Paulo s'exclama : "Utelle ! Le village ! Le voilà ! Qu'il est beau ! Que je l'aime !"  Lui aussi avait sans doute souffert de la chaleur, mais j'avoue que j'ai été bien contente d'arriver. J'ai même failli crier de joie avec lui ! Nicole, elle, n'avait plus la force de crier !      

 Alors on s'est tous réfugiés au refuge, désert et accueillant lui aussi ; on avait finalement réussi à avoir la clef chez la belle Nanie dont le nom aurait sûrement plus vite attiré Jef s'il n'avait pas lu " Mamie !" au dessus de sa boutique d'alimentation. Vous imaginez la surprise quand il est allé faire ses courses, saluant au passage les bridgeurs de la place de l'Eglise, les beloteurs d'à côté, les mamies -les vraies -, et les enfants se courant après !

 Paul et Vincent pendant ce temps, étaient au café, nananère !"Nicole, elle, ayant décidé d'interrompre là son effort, cherchait un accompagnateur vers Nice."

 Le lendemain, 6 Août, nous l'abandonnions donc au pied de son lit, débutant notre dernière étape avec des adieux touchants mais dignes. Nous ne devions pas la revoir avant longtemps ! Sans doute émus par cet événement, mes trois accompagnateurs se crurent revenus à leur forme du départ et descendirent donc vers Aspremont à un train d'enfer sous une chaleur au moins aussi infernale. Leur premier bar et sans alcool s'il vous plait les abrita à 9 h. au Cros d'Utelle et là, pendant une demi-heure, ils apprirent des tas de choses sur la pêche aux truites d'époque et le tour de France cycliste en buvant un coup avec un plus qu'octogénaire du coin rivalisant de discours avec les cigales matinales. Après, c'est vrai que j'ai fait une sieste. Je me souviens de deux ou trois détails pourtant. Je revois Jef et Paulo, grimpant à fond à l'assaut d'une décharge et Vincent derrière, qui se demandait ce qui se passait. Je l'entends encore : "Mais qu'est-ce qu'ils ont ? Pourquoi j'arrive pas à les rattraper ?" ça c'était avant Levens. A la sortie de Levens, j'ai cru mourir. J'ai été à nouveau réveillée par des aboiements et des cris. Quand j'ai réussi à voir ce qui se passait, j'ai failli m'évanouir. Trois chiens, énormes, baveux, avaient jeté les trois marcheurs de l'autre côté d'un rail de sécurité. 40 cm. nous séparaient d'eux. Vincent faisait tellement de mouvements pour ramasser et lancer des pierres que j'ai cru tomber à plusieurs reprises. Leurs cris : "Rappelle tes chiens nom d'un chien ! Fais de ton mieux nom de Dieu !" avaient pour seul effet de faire sourire une enfant noire qui semblait fort bien savoir quelle n'avait aucune autorité sur ses bêtes . Heureusement, tout est bien qui finit bien, ils s'en sortirent et mirent assez peu de temps pour arpenter les quelques km brûlants de goudron puis de terre qui les séparaient d'Aspremont, banlieue de Nice où les attendaient un copain, un bar, une douche et le dernier des adieux, sur le quai de la gare de Nice, entre Paulo et Jef d'un côté qui regagnaient Sète, et Vincent et moi de l'autre, qui prenions pension pour quelques jours chez l’ami Dominique Ottavi et sa belle Béa.

Après 22 jours de marche, Paulo et Vincent resserraient leurs ceintures sur leurs tailles amaigries tandis que Jef comptait ses kilos en trop ! Véridique ! Après 22 jours de marche, c'était fini, moi aussi j'avais grossi ! A propos, si vous voulez me voir, allez dans le placard à fourbi du moustachu et demandez Maxisouris, tout le monde me connaît ! 

© Maxisouris pcc Vincent Mérand 1993

Photos : JF Lavit

 Les trois du début à Nice

photo : D. Ottavi

 

Questions pratiques donc pour ceux que ça intéresse.

La Grande Traversée des Alpes se prépare, se prépare même avec beaucoup d’attention car c’est long et cela nécessite une certaine forme physique.

Cette GTA, tout au long du GR5 et de quelques variantes, avait été préparée par Paul Pichot, « le vieux », de l’association Montagne et Loisirs pour Tous. Nous avons, la plupart du temps, dormi dans des campings, parfois dans des gîtes, et avons fait quelques bivouacs. Les gîtes avaient tous été réservés à l’avance.

Les sacs à dos pesaient entre 17 et 20 kg pour le mien (en fonction du ravitaillement, de l’eau etc…), entre 20 et 23 kg pour Paulo et Jeff. Nous avions systématiquement une tente avec nous au cas où… !

Nous sommes donc partis à trois, et arrivés à trois… les mêmes ! Entre temps, des amis nous ont rejoints pour quelques jours. Les livres et les cartes qui ne nous étaient plus utiles ont été renvoyés chez nous par la poste.

Les deux, trois premiers jours ont été les plus durs. Après, la cadence se prend, les épaules se font. Il faut quand même rappeler que Flo a dû s’arrêter en raison d’une « fracture de fatigue ».

Les journées de marche ont duré entre 5 et 11 heures (la plus longue !). La plupart du temps, il fallait compter 7 à 8 h.

J'ajoute que Léo Ferré a fait sa dernière malle le 14 juillet de cette année là !

Pour ceux qui voudraient avoir un autre aperçu d'une autre GTA, cliquez sur ce lien : http://www.aaestj.org C'est le récit de Michel Bruno, un sourd que j'ai rencontré en 2010 sur le GR10 alors qu'il faisait la traversée des Pyrénées.

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